Les spectacles d’humour qui ont marqué 2025 – 4/4

Juliette Follin 02/02/2026

En 2025, de nombreux artistes de stand-up ont construit des premiers ou nouveaux spectacles d’humour qui valaient le détour. Nous achevons notre série de 4 articles pour mettre en lumière la variété de la création humoristique. Sans être exhaustif, cette série complète les critiques réalisées tout au long de l’année et les recommandations partagées sur notre compte Instagram.

Raphaël Wilmes et Julie Conti à la Petite Loge : des débuts attendus de pied ferme… avec la satisfaction à la clé

Une artiste suisse propulsée à vitesse grand V, entre Montreux, la RTS et France Inter

Julie Conti a très vite pris place sur la scène suisse romande et les ondes de France Inter. Sur le terrain, on m’intimait à aller la voir rapidement, puisque son potentiel se vérifiait en salle chez les observateurs. L’ascension semblait si rapide qu’on craignait qu’elle ne grille les étapes.

Pourtant, il suffit de discuter avec cette humoriste pour se rendre compte de sa maturité et de son humilité. Si je devais la résumer en un mot, ce serait « panache ». Son spectacle aborde la question de la maternité avec beaucoup d’originalité. Il faut dire que certains observateurs, dès qu’une femme ou deux évoque le sujet, imagine que toutes ne parlent que de ça. Pas de ça ici, heureusement.

Au lieu de dresser des comparaisons, je retiens surtout un regard critique et caustique, du jeu qui envoie du lourd et le sentiment d’avoir affaire à une artiste à part. Complète, captivante et qui m’a convaincue malgré son arrivée tardive sur Couleur 3, la rendant moins familière à mes yeux. Et même sans apprécier les gosses ou en avoir, vous passerez un bon moment. En matière d’expérience spectateur, ça n’a pas de prix, je vous le garantis.

Un prodige de la scène nantaise et comedy nerd qui sait jouer !

Raphaël Wilmes (Raph pour les intimes) est un humoriste habitué de la scène nantaise. Vêtu de son hoodie Floodcast, est-il en mesure de s’extirper de la masse des nouveaux comiques qui se la jouent cool ? Heureusement, l’habit ne résume pas un comique et 36 minutes de blagues sur YouTube permettaient de se projeter.

Au revoir Cheesecake, dites bonjour à Des bonnes blagues. Dans ce show, Raphaël Wilmes s’attaque à du vu et du revu. Un risque assez important quand on se jette dans la gueule du loup. Il faut assurer niveau technique et sur les angles proposés au public, sinon vous lui faites perdre son temps.

Pour un stand-upper aux codes bruts, on a l’agréable surprise de voir du jeu. Du très bon, même. Sans forcer le trait ou rouler des mécaniques, Raph plonge facilement la salle dans l’hilarité, développe un charisme singulier et offre déjà une belle copie… Qui sera, en prime, améliorée au fil de l’expérience. Affaire à suivre !

Je Suis Lapin (ou Jean-Patrick pour les intimes), un Bouffon précieux pour le LOL à la Comédie Montorgueil

Pour certains, Je Suis Lapin débarque de la 20e saison de La France a un incroyable talent. Pour moi, depuis une décennie, il me comble de rires. C’est avant tout un résident du 33 Comedy Club, fier de sa ville, Bourges, à l’humour aussi étrange qu’envoûtant.

C’est aussi un artiste qu’on aurait pu perdre de vue dans la myriade des nouveaux talents qui se bousculent aux portes des comedy clubs. Bouffon est le titre de ce spectacle, qui mêle quelques vannes d’antan à du tout neuf. Amoureux des one-liners, Je Suis Lapin régale désormais la Comédie Montorgueil (ex-Sentier des Halles). Habitué à prendre des risques sur scène, ce cascadeur de la vanne (au sens figuré) fait aussi preuve d’une belle sensibilité.

Au-delà des punchs, on retrouve aussi un fil rouge qui va continuer de se muscler. D’une histoire somme toute banale, il fait naître un moment de rire universel où l’on construit des liens forts entre l’artiste et le public. Ce moment précieux, je souhaite au public de le vivre au plus grand nombre. En prime, la salle est vraiment chouette. Que demande le peuple ?

Guillaume Guisset déploie son aura comique au Palais des Glaces

Depuis ses débuts, on croit en Guillaume Guisset. Néanmoins, lors de son passage au Métropole notamment, il a failli s’égarer. Un spectacle si prometteur, mais à parfaire, qui a semblé prendre la mauvaise direction. Jusqu’à la bonne collaboration artistique : celle avec Emma de Foucaud.

Au-delà de la créativité scénique, Guillaume Guisset s’est aussi fait un nom sur les réseaux sociaux. Trouver le bon format, développer ses gimmicks phares : aujourd’hui, il a su se rendre incontournable. Les deux exercices (scène et réseaux) sont par essence bien distincts. Ainsi, il fallait à cet artiste passé et produit par La Petite Loge conjuguer le succès sur les deux tableaux.

C’est chose faite dans la petite salle du Palais des Glaces, constamment pleine à craquer. Le spectacle est hilarant, rythmé et sans temps mort. Du beau jeu, un texte avec des punchlines constamment solides et un fil rouge plus que convaincant… Que demande le peuple ? Une prolongation à la Scala à la rentrée : la voilà !

J’ai eu du mal à dénicher des places — c’était impossible à la Petite Loge, d’ailleurs… Désormais, il est même complet plusieurs mois en avance en tournée. Pour une fois que c’est mérité, je ne boude pas mon plaisir !

Marion Mezadorian dans Craquage : l’année de la confirmation

Voici une autre artiste que je soutiens depuis le début. Si j’ai manqué les toutes premières de Pépites au Chat Noir, j’ai rattrapé ce léger retard entretemps ! Marion Mezadorian a, dès le début de son show Craquage, envoyé un signal fort à la profession. Le public a rapidement répondu présent pour soutenir l’humoriste qui passe du rire au drame et à l’émotion.

Bercée par Élie Kakou, elle fait la part belle aux personnages et la profession la reconnaît à sa juste valeur. J’ai donc revu Craquage au théâtre La Pépinière, une salle assez impressionnante quand on n’est pas du sérail. Ce sentiment de ne pas être dans l’élite est vite oublié quand on voit à quel point l’œuvre dépasse le lieu. Les personnages défilent, s’étoffent au fil des représentations. À chaque fois, le spectacle est plus fort.

La raison : une incarnation impeccable, authentique et généreuse. On peut y ajouter un style artistique bien défini, qui a fait sa place sur France Inter et la bande de Zoom zoom zen. Encore une belle histoire, faite de travail acharné sans compromission, que je vous invite à continuer d’écrire en allant la soutenir où qu’elle passe. En prime, d’après mes indiscrétions, elle nous réserve encore de belles surprises pour les années à venir ! Et pourquoi pas décrocher un Auguste cette semaine ? Affaire à suivre !

Richard Sabak à la Scène Barbès : il était temps que je le voie !

Richard Sabak fait partie, comme Pierre Metzger ou Mazine, des figures montantes chez Radio Nova. Depuis longtemps, notre ancien journaliste Louis Bolla (au parcours brillant !) croit en lui dur comme fer. Compte-tenu de son regard averti, il fallait se rendre en salle pour se faire un avis !

Le chemin se dessine en plusieurs temps. D’abord, une chauffe dans un tremplin humoristique tellement juste et valorisante pour les prétendantes. Ensuite, ces chroniques de plus en plus audacieuses et percutantes. Enfin, une humanité que j’ai vue ici et là, qui m’a donné envie d’en savoir plus.

Précisons d’emblée que le spectacle Rapprochons-nous est un rodage. Néanmoins, il a bénéficié de quelques dates au Point Virgule qui le placent dans la shortlist des humoristes à suivre. De son propre aveu, j’aurais vu la pire de ses dates. Évidemment, comme souvent avec des artistes rigoureux, je n’y ai vu que du feu ou presque. Sans doute une amorce hésitante, rapidement mise de côté, expérience oblige.

J’ai apprécié voir le spectacle se déployer et grandir au fil des minutes. Du bon storytelling, un segment sur les voisins qui a fait marcher la machine à identification et quelques vraies fulgurances. Un de ces comedy nerds qui font mouche : voilà comment on pourrait le résumer. Un spectacle à revoir une fois le rodage achevé : voilà la feuille de route pour les prochaines années !

Un dernier mot avant d’entamer 2026

En 2025, j’ai vu moins de spectacles qu’à l’accoutumée. La liste d’artistes que je dois voir s’allongeait au fil des mois. De même, la sélection que vous venez de découvrir n’inclut pas les spectacles individuels qui ont fait mouche. De Yacine Nemra en passant par Tania Dutel, Rosa Bursztein, Ghislain Blique ou Eric Cohen, il y avait de la matière !

Les confirmations se multiplient, les nouvelles têtes sont si nombreuses que tout le monde s’y perd. Je trouve parfois que je tourne en rond dans mes recommandations, après avoir tant déniché de talents. De même, j’aimerais juger davantage de profils avec un temps limité et des contraintes financières qui pointeront le bout de leur nez. J’espère pouvoir continuer à vous informer, même sans visibilité sur les réseaux. Peu importe : si vous êtes là, c’est que vous avez encore besoin de cette expertise.

Tant de comptes sur les réseaux s’improvisent dénicheurs de talent, sous couvert d’opérations commerciales ou de communication. Dire pourquoi un talent mérite votre venue reste indispensable. Même avec moins de bande passante, je mettrai un point d’honneur à garder le lien avec vous. J’ai besoin de vous pour continuer, j’espère vous voir fidèle au rendez-vous ! D’ici là, à dans deux semaines pour de nouveaux récits…

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