I am the cosmos : vivez le vrai humour avec Luc Guiol
Luc Guiol propose un spectacle atypique, I am the cosmos. Interprétation phénoménale, originalité maximale, hilarité générale : tel est le programme de notre critique inattendue du jour !
I am the cosmos : Luc Guiol nous embarque dans un voyage improbable au Bouffon Théùtre
Luc Guiol a longtemps Ă©tĂ© dans mon angle mort. En 2016, alors que je dĂ©couvrais la Petite Loge, il y jouait trois exceptionnelles. Entretemps, il continuait sa route, allant mĂȘme jusquâen Avignon. La presse le connaissait dĂ©jĂ , avait fait le dĂ©placement, mais pas moi.
Un matin, il mâenvoie une invitation avec une image qui fleure bon le graphiste en grĂšve. Sauf que non : câest un concept, oĂč il imite les papiers de marabouts Ă©chouĂ©s dans nos boĂźtes aux lettres. On peut y lire le pitch de son spectacle, I am the cosmos. Un rapide coup dâĆil sur son Instagram, je suis conquise par lâunivers gĂ©nĂ©ral, entre stand-up et seul-en-scĂšne.
MĂȘme si câest dans un théùtre cachĂ© dans le 19e, inconnu au bataillon, jây vais le lendemain. Lâambiance est particuliĂšre au Bouffon Théùtre : vous entrez dans une cour de barres dâimmeubles avec un vigile et un PC sĂ©curitĂ©. Lâimmeuble est en travaux, avec une porte entrouverte. LâatmosphĂšre Ă lâintĂ©rieur vous transporte immĂ©diatement ailleurs. Câest sombre, rouge, le personnel semble hors du temps. Des théùtreux Ă la voix, Ă lâĂąme, au charme envoĂ»tant, vous attendent pour vous donner vos billets (câest une nouvelle direction). Une immense affiche, des guirlandes discrĂštes, le simple bruit des conversations des habituĂ©s.
« Un homme qui vous parle, de la pensĂ©e plein la tĂȘte et un trou bĂ©ant dans le coeur, cherchant un sens Ă la vie, au cosmos, Ă ce spectacle⊠et qui n’aurait aucune chance d’y arriver. MDR. »
Dans le théùtre, finalement plus cosy quâimaginĂ© pour ses 50 places, le silence est dâor. On entend tout juste deux ou trois personnes discuter sans Ă©lever la voix dans le public. Une personne surgit du devant de la scĂšne : fausse alerte, câest un spectateur qui retrouve son groupe. Puis le spectacle commence, avec un comĂ©dien qui semble dĂ©sabusĂ©. Un acteur, un vrai, qui sait Ă©crire, qui a roulĂ© sa bosse. Son personnage rĂ©sumĂ© Ă la volĂ©e ? Un fĂ©ru de hockey au chĂŽmage qui pense trĂšs sĂ©rieusement au suicide.
Mais le rĂ©sumer ainsi est si rĂ©ducteur⊠Ses pas de cĂŽte nous emmĂšnent dans un rire primitif si rare. RĂ©cemment, on mâa dit que statistiquement, on a dĂ©jĂ imaginĂ© toutes les blagues. En voyant I am the cosmos, je nâen crois pas un mot.
Outre le texte aussi surprenant que palpitant, lâenchaĂźnement des sĂ©quences nous fait passer du coq Ă lâĂąne. Câest puissant sans jamais ĂȘtre intrusif, ça invoque des rĂ©fĂ©rences cinĂ©, théùtre et certainement dâautres que je nâai pas relevĂ©es. Peu importe. Câest loufoque comme ce que lâon peut voir au festival dâĂdimbourg, le Fringe. Le jeu, entre douceurs subtiles et Ă©lans furibonds, offre autant de tableaux colorĂ©s pulvĂ©risant nos imaginaires.
Un artiste dans lâangle mort des programmateurs assoiffĂ©s dâabonnĂ©s, qui ont perdu leur boussole ?
Je me demande comment on peut encore consommer de la soupe de comedy club. Comment les productions passent Ă cĂŽtĂ© de phĂ©nomĂšnes comme Luc Guiol pour promouvoir des TikTokeurs du dimanche. Parce que ce spectacle est expĂ©rimental par son originalitĂ©. Aucune trace dâamateurisme nâest visible, simplement un temps de scĂšne empli dâhilaritĂ©.
Jâadore citer un homme dont vous ne connaissez pas le nom, sauf en cas dâunion libre avec Couleur 3. Lâode de StĂ©phane Laurenceau Ă Sarclo Ă partir de 10â â je sais, je vous ai perdus (câest le pĂšre dâAlbert Chinet, si jamais). Mais moi, jâĂ©coute ça Ă chaque fois que je prends la route. Câest un rituel dâĂ©vasion pour retrouver ma boussole interne.
Je me suis pris en pleine tĂȘte, en pleine poire, plusieurs dĂ©cennies de carriĂšreâŠÂ Ă sourire, Ă rire, Ă choper le blues, Ă pleurer, Ă me sentir moins seul entre mes oreilles. (âŠ) Depuis que je suis nĂ© dans les annĂ©es 70, on me surine avec des Georges Brassens, des Jacques Brel, des auteurs Ă texte que jâai adorĂ© dĂ©couvrir. Mais depuis quelques jours, dans ma petite culture issue dâun milieu ouvrier, vous avez rejoint cette Ă©quipe de grands messieurs qui traversent les Ă©poques. (âŠ) Vous ĂȘtes un peu le chaĂźnon manquant, le gardien du phare, le taulier qui maintient la baraque en place depuis le dĂ©part des grands. Ă mesure que jâĂ©coute vos chansons, je me suis fait la rĂ©flexion que vous Ă©tiez une sorte dâOVNI du star systĂšme. Et ce soir, jâai quand mĂȘme envie de crier Ă lâinjustice. De ne pas vous voir plus souvent quand jâallume ma tĂ©lĂ©. Ruquier, Nagui, France Inter⊠Pourquoi on nâĂ©vacuerait pas le 60e passage de BHL ou le rappeur de la semaine au profit dâun Sarclo ?
Le cri du cĆur de StĂ©phane Laurenceau sur les ondes suisses, 6 septembre 2022
Avec Luc Guiol et I am the cosmos, câest un peu la mĂȘme chose. Le besoin irrĂ©pressible de montrer ces artisans, ceux qui vous rĂ©veillent lâĂąme avec leurs Ćuvres authentiques. Certains cherchent le vrai amour, moi câest aussi le vrai humour. Ce soir-lĂ , au Bouffon Théùtre, je lâai trouvĂ© en Luc Guiol. Je vous souhaite de faire cette rencontre Ă votre tourâŠ