Devenir humoriste : quelle formation choisir ?

Juliette Follin 05/06/2021

En matière de formation d’humoriste, Montréal a longtemps brillé, bien devant Paris. L’École Nationale de l’Humour a même fait des émules sur la scène stand-up actuelle. Roman Frayssinet est l’exemple le plus connu, tandis que Cyril Hives a débarqué au Québec en pleine pandémie.

Aujourd’hui, le mouvement de professionnalisation de l’humour rend les artistes plus exigeants. D’une part, ils accèdent à des contenus humoristiques en VO qui les tirent vers le haut. Même si Franck Dubosc est un artiste intéressant à suivre, on a quand même bien de la chance de voir des contenus de Bill Burr, Bo Burnham, Chelsea Peretti, Jimmy Carr ou encore Michelle Wolf en 2021.

D’autre part, ils sont plus nombreux à aller sur le terrain. Avant, l’humoriste Alex Nguyen jouait les éclaireurs pour la nouvelle génération. De nombreux humoristes préféraient passer par son intermédiaire que par les écoles existantes, jugées trop chères et peu axées stand-up. Maintenant, les nouveaux venus se jettent à l’eau sans intermédiaire. Presque littéralement sur des péniches parfois, pour réaliser leurs premières scènes ouvertes. Et ensuite, il y a les plateaux réguliers, les 30-30, les spectacles et autres festivals. Percer sur YouTube, être visible sur les réseaux, espérer des retombées presse sur des médias de plus en plus fragmentés… Les défis sont nombreux.

Écoles, masterclass, ateliers… Quelle formule choisir pour devenir humoriste ?

Pour apprendre le métier, on a aussi vu fleurir récemment des masterclass au Fridge et au Café Oscar. Elles ont le mérite d’exister, mais ce format court limite les possibilités d’apprentissage, notamment sur le temps de jeu.

Cours Florent, Montreux : les institutions artistiques se mobilisent

L’atelier one-man-show et stand-up du Cours Florent fait partie des nouveautés plébiscitées. Étienne de Balasy, chargé d’évangéliser les deux formes d’humour, a profité de son lancement pour sortir un guide à destination des humoristes en herbe. Le livre a été bien accueilli, tandis que l’atelier a rapidement été victime de son succès ! Preuve que la demande est forte… Dans un autre style, l’écosystème de Montreux veut également se positionner et créer une sorte de « Star Ac » du rire à l’échelle mondiale.

Des formations spécialisées et axées terrain : 3 mois au Campus On Time Comedy

Plusieurs initiatives mêlant théorie et pratique contemporaine/terrain font de plus en plus parler d’elles. On retrouve d’abord le Campus On Time Comedy du Barbès Comedy Club. Attaché au comedy club de Shirley Souagnon, le campus a rapidement convaincu de nombreux humoristes. Bénéficier d’un réseau et d’enseignements diversifiés, progresser dans un écosystème où l’écriture et l’humour de qualité sont valorisés… La proposition est solide.

Au programme de cette formation pour devenir humoriste : sessions d’écriture, jeu, sport, anthropologie, journalisme… Des enseignements pluridisciplinaires qui s’accompagnent de masterclass, d’intervenants professionnels (SACEM, CNC, Topito, productions, humoristes…) et d’une programmation sur un plateau spécial du Barbès Comedy Club. Chaque apprenti comique bénéficie en outre d’un accompagnement personnalisé.

Shirley Souagnon souhaite offrir un endroit où le test est non seulement permis, mais surtout recommandé ! Une approche à contre-courant de l’impératif d’efficacité. Oui, l’efficacité est importante, mais Shirley sait qu’elle s’acquiert par le travail, les tâtonnements et l’exploration de son personnage scénique.

Les premières recrues du campus se révèlent d’ailleurs en guest stars de programmes courts YouTube. Preuve que les stand-uppers se mettent véritablement à jouer et évoluent à vitesse grand V ! Dans quelques années, l’acting sera un élément véritablement différenciant chez les artistes.

Une formation pour devenir humoriste spécialisée et axée terrain : 1 an à l’Académie d’humour

L’Académie d’humour confirme ce mouvement de professionnalisation en proposant une formule sur un an dès la rentrée 2021 avec 12 places à saisir. Aux manettes, on retrouve Aude Galliou, Perrine Blondel et Mélissa Rojo.

D’abord dans l’ombre d’un certain Verino, Aude Galliou s’impose petit à petit comme une accompagnatrice de talents hors pair. L’épisode de Sur un plateau avec Tristan Lucas où Aude et Verino évoquent leur collaboration est saisissant : on comprend tout de suite qu’on a affaire à une personne hautement qualifiée. Aujourd’hui, elle collabore notamment avec des Tristan Lucas (encore lui !), Urbain ou Adrien Montowski. Ces artistes, à eux seuls, sont aussi enthousiasmants qu’exigeants.

Valoriser les artistes en développant leur singularité : un travail de l’ombre essentiel

Comment valoriser un Verino, que l’on peut juger consensuel ou moins en vue que d’autres comme il le confiait dans son podcast ? Mais aussi comment développer l’ADN artistique d’un Urbain, dont le statut chez Topito le propulse en haut de l’affiche, quitte à masquer sa singularité ? Comment trouver le juste milieu entre développer la folie et construire le personnage scénique d’un Adrien Montowski ? Et enfin comment révéler les multiples talents du fédérateur Tristan Lucas sur scène ? Aude Galliou ne s’arrête pas à ces interrogations : sur le terrain, elle trouve des solutions qui marchent et font grandir tous ces artistes.

Perrine Blondel et Mélissa Rojo, à la tête de la Petite Loge, ne sont pas en reste. Faire naître des Gaspard Proust, Charles Nouveau, Marina Rollman, Alexandra Pizzagali ou encore Rosa Bursztein… Liste non exhaustive, bien entendu ! Bien souvent premières à les accueillir, elles ont devant elles des talents bruts, des premières idées de spectacles et tout à construire.  Outre le repérage, Perrine et Mélissa assurent également l’accompagnement des talents : amélioration des spectacles, conseil artistique, présentation à des festivals…

Dans cette formation pour devenir humoriste, chacune d’elles chapeaute sa spécialité : jeu pour Mélissa, mise en scène pour Perrine et écriture pour Aude. Ces cours sont proposés tout au long de l’année, tandis que le coaching individuel intervient dès le deuxième trimestre pour amener les apprentis-artistes à progresser. Autre force : les partenariats pensés comme un écosystème qui comprend également les questions administratives et d’intermittence.  La Petite Loge, Olympia Production, la Nouvelle Seine et Wiz’Artistes sont déjà dans l’aventure, d’autres suivront bientôt… Les cours et masterclasses auront lieu à la Petite Loge, à la Nouvelle Seine ou dans d’autres institutions du rire pour aborder toutes les facettes du métier : scène, radio/TV, digital…

Formation pour devenir humoriste : quelle valeur ajoutée ?

Les artistes sont souvent autodidactes : ils abordent leur métier comme des artisans, s’interrogent souvent et perdent du temps à aller chercher l’information. Puisqu’ils traversent tous cette phase à un moment où à un autre, une formation leur permettrait de gagner plus de temps ensemble pour se consacrer à l’essentiel.

Le développement d’un humoriste est une affaire de pluridisciplinarité et d’entourage. La formation pour devenir humoriste offre un cadre pour rencontrer les bons interlocuteurs, suivre les bons enseignements au bon moment et passer de l’errance à la décision éclairée.

Le prix de ces formations d’humoriste sera sans doute un frein pour certains, mais il faut le voir comme un investissement. À quel point un artiste croit-il en son projet ? Quels efforts va-t-il mettre en place pour se donner les moyens de réussir ? C’est sans doute un bon début pour évaluer si une formation est pertinente.

Pour connaître le monde de la formation, je conseillerai aux artistes de sélectionner une formation de qualité qui offre un bon réseau et une réelle mise en pratique. Ces trois éléments vont de pair pour véritablement avancer.

Crédits photo

Tania Dutel et Paul Mirabel © Barbès Comedy Club

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