Elie Semoun, Malik Bentalha et l’écosystème de l’humour : comment faire mieux ?

Juliette 09/06/2018

L’actualité de l’humour est riche : entre les plagiats de Malik Bentalha, le discours d’Elie Semoun et diverses discussions avec les acteurs du secteur, parlons des choses qui fâchent. C’est dur pour moi, je n’aime pas le conflit, mais il faut parfois rentrer dans le lard.

Elie Semoun dans Un café au lot7 : droit de réponse

Ce matin, j’ai découvert avec un peu de déception le nom de l’invité d’Un café au lot7. Je n’ai rien contre Elie Semoun : comme tout le monde, j’ai ri aux petites annonces, c’est la trace d’une époque. Je ne suis pas son public actuel, mais il a le mérite de continuer à l’entretenir. Malgré cette déception, j’ai accueilli ce podcast avec beaucoup de curiosité.

Elie Semoun et le stand-up : copains comme cochons

Elie Semoun, c’est une voix qui compte dans l’humour. Un rapide sondage parmi mes connaissances hors humour me confirme que beaucoup le trouvent ringard. Même si je partage à 30% ce constat, je trouve qu’il ne lui rend pas justice. On n’est simplement pas le public cible et puis on se focalise sur certains pans plus médiatisés. Elie Semoun, c’est celui qui s’est écouté pour tenter un album musical. Arthur, qui aime bien se foutre de la gueule de ses amis-invités, avait raillé ce courage de sortir de sa zone de confort. Il est vraiment dommage que le divertissement tombe aussi bas, parce que je suis persuadée qu’il trouvait ça pas si mal, en vérité.

Mais Elie Semoun s’est aussi distingué en critiquant le stand-up récemment. Dans le podcast, l’animateur Louis Dubourg a eu le courage de revenir dessus. On connaît sa diplomatie et sa capacité à être l’éponge de l’invité. En adaptant son discours, il parvient habilement à mettre en confiance son invité et les langues se délient. On pourrait critiquer Louis Dubourg pour ce côté girouette, mais les résultats sont là. On a un excellent exemple dans le podcast : Louis démonte son propre argumentaire sur son amour du stand-up. Il dit en effet trouver agaçant qu’on adoube le stand-up comme un art avec un humoriste et un micro et c’est tout, alors qu’il vantait cet art avec ces mêmes mots 10 épisodes plus tôt environ ! C’est fin, ça prouve qu’il s’interroge, qu’il évolue et qu’il amène l’autre à le faire.

Stand-up : erreur de diagnostic

Il y a quelques mois, Elie Semoun a en effet exprimé sa fatigue autour du stand-up (à partir d’une minute trente) sur la chaîne Non stop people. Dans le podcast, il dit regretter ses propos… avant de les réitérer dix minutes plus tard avec Ikéa. Or, Elie Semoun parle du stand-up comme on dénigrerait le poulet. Le poulet, c’est bon, mais le poulet de batterie, moins cool. Lui fait l’amalgame entre le bon grain et l’ivraie.

En matière de récidive, Elie Semoun n’en est pas à son coup d’essai. Au Figaro, en 2012, il disait exactement la même chose sur le stand-up. C’est en réalité un positionnement marketing, qui me fait également rire quand je me souviens d’une anecdote de Seb Mellia. Un soir, au Point Virgule, Gad Elmaleh et Elie Semoun sont venus lui faire une surprise. Lors d’un plateau d’humour en dernière partie de soirée, devant une dizaine de personnes, Gad Elmaleh commençait sa nouvelle croisade dans les plateaux d’humour. Et Elie Semoun, dans les coulisses, n’avait pas osé le faire. C’était dans l’émission Antek on R’, et je vous ai retrouvé l’extrait !

Alors, j’accueillerai avec plaisir cette volonté qu’il semble afficher aujourd’hui de se jeter dans l’arène du One More Joke. Ils écoutent les podcasts, ils connaîtront les anecdotes. Je suis partagée parce que j’admire la manière dont Elie Semoun assume ses opinions. Une opinion reste une opinion, il n’y a pas mort d’homme. Au contraire : ça me fait avancer dans ma réflexion et je le remercie d’assumer, de s’interroger. En effet, son discours n’est pas limpide parce que son opinion n’est pas stabilisée, il peine à formuler sa pensée… mais je vais l’aider. J’ai compris un truc, vous allez voir. J’espère ne pas me tromper d’interprétation, je vous laisse juge.

Mieux sélectionner les stand-uppers à mettre en avant

Plus on livre son opinion, plus on s’expose. Je le vois quand j’écris : parfois, je me relis, et je me désolidarise. Par exemple, je vous avoue être de mauvaise foi sur le sujet des têtes d’affiches. Ma ligne éditoriale est de parler des découvertes. J’ai parfois peu de mots pour des humoristes que j’aime bien mais qui n’ont à mon sens pas besoin de promotion. Je vous avoue que je tiens ça de mes parents, qui ont toujours recueilli les animaux éclopés de la vie. Par exemple, j’en avais un qui s’appelait Le Borgne (pas besoin de vous expliquer pourquoi). Ils boitaient, respiraient super mal, mais on les aidait parce qu’on les trouvait plus attachants. Et mes parents dénigrent les animaux qui vont bien, donc ils finissent par ne pas aller bien non plus. Tout ça pour vous dire que ce n’est pas mieux…

Donc, la vision d’Elie Semoun et celle des gens comme moi peuvent être complémentaire. Le problème, c’est la sélection. Là où j’ai été déçue, c’est lorsque Louis Dubourg demande qui Elie Semoun aime dans la nouvelle scène. Il a sorti des noms tellement conventionnels : Blanche Gardin, Kyan Khojandi… En gros, le gars semble avoir jugé la scène stand-up à la va-vite. Il ne saurait peut-être pas nommer plus de dix stand-uppers. Cela remet en perspective son analyse et cela prouve qu’on peut l’enrichir en dialoguant. Ça va même jusqu’à dire, en riant, que Kheiron est un connard. On a vu plus respectueux, même si l’on se doute qu’il disait ça sur le ton de la blague. Je suis partagée, c’est une relation entre Kheiron et Elie Semoun, ça ne nous regarde pas. Qu’ils règlent ça entre eux s’il y a problème.

Alors, Elie Semoun, viens vraiment voir les scènes ouvertes ou demande un peu l’avis de ceux qui le font. Cela t’évitera de généraliser sur un genre d’humour et tu sauras ce qu’il se passe vraiment ! Même si, comme tout effet de mode, on sait qu’on ne peut empêcher les détracteurs qui s’en servent aussi de s’exprimer dessus…

Malik Bentalha épinglé par CopyComic : les réactions tardent ?

CopyComic vient de sortir une nouvelle vidéo assez édifiante. Ce matin, j’ai pris le métro et j’ai vu la tête de Malik Bentalha à l’affiche d’un film avec Kad Merad, il me semble. En sortant, il y a toujours l’affiche de Taxi 5, film dans lequel j’avais d’ailleurs dit qu’il m’avait émue. Bref, il est partout et ne semble pas inquiété. Ma réaction immédiate était de me dire qu’on avait affaire à un comédien hors-pair. Il avait sûrement utilisé la scène comme tremplin pour le cinéma. Une réaction atrophiée, parce qu’au fond, je m’en fiche de ce gars, il ne me fait pas spécifiquement rire et s’il s’arrêtait de monter sur scène ou sa carrière dans la comédie, cela ne me ferait rien.

Je ne vais pas ajouter à la polémique, mais je vais juste évoquer une anecdote qui m’a saisie. Après la sortie de la vidéo, le Point Virgule a partagé l’extrait de 50 Minutes Inside où l’on voyait Antoinette Colin et Malik Bentalha se retrouver.

Le reportage vantait les mérites du Point Virgule à détecter les talents, et c’est vrai pour la plupart… Mais là, les gars, le timing était mauvais ! En plus, Malik Bentalha a pris beaucoup de texte du répertoire de Mustapha El Atrassi, qui a également les faveurs du théâtre. Est-on dans une schizophrénie mal assumée ? J’ai trouvé cela très bizarre, j’imagine que cela doit être assez gênant, à tel point que tout continue comme si de rien n’était.

Changer les choses

Je trouve, cela dit, que la chronologie des événements est très intéressante et nous prouve que les gens qui choisissent les talents font parfois n’importe quoi. Je m’interroge encore un peu, et je me demande si je peux faire mieux ? Pour le savoir, j’ai tenté quelque chose. Je me suis dit : faisons comme Zinédine Zidane. Oui, carrément. Zidane m’avait marquée (ça fera plaisir à Louis Dubourg) lorsqu’il a abordé sa reconversion en entraîneur. Il a dit, en substance, qu’il ne ferait pas comme Didier Deschamps ou Laurent Blanc : il ne se sentait pas légitime sans formation. Et on a vu le résultat positif. Bref, j’ai postulé à une formation pour me frotter à la promotion et au conseil artistique.

Pour voir, j’ai donc envoyé un dossier de 30 pages, préparé pendant les ponts de mai. L’ensemble m’a fait fouiller dans tous mes relevés de notes, ceux que j’ai perdus en papier ou en numérique. J’ai quand même bien fait les choses, expliqué mon projet de reconversion, bien coché les cases des pré-requis. Il fallait en effet, s’il on ne venait pas d’une formation théâtrale, avoir un diplôme en lettres ou sciences humaines avec mention bien. Comme je me suis démenée à l’époque, j’étais en possession du précieux sésame. J’ai exposé mon projet dans la lettre de motivation, j’ai fait la bonne élève. Mais cette semaine (la chronologie, décidément), j’ai reçu un mail automatique avec le verdict suivant :

Votre candidature a été refusée pour le motif : cursus antérieur inadapté et projet professionnel ou recherche inadapté.

Ça tombe bien, je n’avais plus envie de quitter mon emploi.

Rebondir

Merci, au revoir, pas gros bisous. Il serait aisé de se dire qu’on ne veut pas d’un renouveau, d’une vision extérieure. Ce serait tellement simple de se lamenter et de chier sur une institution comme la Sorbonne, pédante au possible et incrédule face aux changements de la société. Mais il faut aussi accepter d’essuyer des refus. Mon projet n’était sans doute pas assez mature ou précis, l’idée de bifurquer d’un milieu à un autre ne donne jamais vraiment confiance à une institution poussiéreuse. Un autodidacte s’ennuie vite et aura à cœur de critiquer l’ordre établi – déso comme disent les jeunes. Après, l’échec me donne envie de continuer à bouger la fourmilière, si tant est qu’on parle comme cela au siècle de Jul.

Le mot de la fin

Je m’égare un peu. Je dois vous confesser que j’ai une liste des sujets dont j’ai envie de parler, à savoir :

  • Humour féminin : quelques mythes, de la discrimination ressentie et de vrais talents
  • L’entre-soi entre humoristes : petit guide pour sortir des deux-trois bandes majoritaires et éviter les gens qui dénigrent les camarades parce qu’ils sont instables psychologiquement
  • Ça va cinq minutes : pourquoi un spectateur qui traîne au 33 Comedy et au One More Joke par intérêt me dit que je dois avoir couché avec Paul Dechavanne pour être capable de sortir une anecdote sur lui (sic !)

Bon, pour la troisième, cela ne fera pas l’objet d’un article. Je voulais juste poser ça là, parce que ça m’a à la fois choquée de voir un inconnu me parler avec un tel sens du respect, et à la fois fait beaucoup rire. Les deux autres sujets me passionnent parce que le but est de rendre perfectible le monde du stand-up. Il est déjà très agréable et c’est un plaisir de passer autant de temps à le valoriser. Je trouve intéressant d’exprimer la progression de mon point de vue sur l’humour féminin, parce que certaines femmes humoristes m’ont littéralement conquise, tandis que d’autres (une minorité !) jouent sur la moralisation du public et confondent militantisme acharné et humour. J’insiste sur le terme acharné, parce que l’humour engagé est très intéressant, et celles qui y parviennent le font avec brio.

Concernant l’entre-soi, j’ai envie de vous en parler en bien comme en mal, en expliquant que c’est juste une dynamique de groupe sociaux. Il suffit de regarder le film Problemos pour voir qu’on reproduit certains schémas pervers avec de bonnes intentions… Et aussi parler de l’ego de ceux qui se sentent rejetés, alors que pas du tout… Affaire à suivre !

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