Best de l’Humour 2020 : les qualifiés de l’acte III

Juliette 03/01/2020

Les Best de l’Humour 2020 reviennent pour une troisième édition. Ce concours, chapeauté par Mo Hadji en partenariat avec le Printemps du Rire, suscite généralement de vives réactions chez moi.

Cette année encore, Mo Hadji m’a proposé de rempiler en tant que membre du jury des sélections parisiennes (ouvertes au public), et (nouveauté pour moi !) de la finale du 14 janvier à l’Alhambra.

Ils se départageront pour 2 enjeux majeurs (source) :

Les 6 gagnants participeront à notre Soirée de Gala le 6 mars à Diagora Labège et à notre Tournée des Jeunes Talents en Haute-Garonne, soutenue par le Conseil Départemental 31. Le grand gagnant sera programmé en plus à La Nuit du Printemps le 27 mars au Zénith de Toulouse.

Le Printemps du Rire

Best de l’Humour 2020 : qui succèdera à Farah et Paul Mirabel ?

Des sélections ont actuellement lieu dans toute la France, à Bruxelles et Genève. Le calendrier est très serré, puisque certains candidats se qualifieront seulement quelques jours avant la finale ! Dans chaque salle, tous se disent : « Enfin un festival où Paul Mirabel ne peut plus gagner, n’est-ce pas ? ».

C’est vrai qu’il a été redoutable, du Campus Comedy Tour au Festival d’Humour de Paris. Cette année, je ne sais pas tellement à quoi m’attendre. Le tremplin gagne en notoriété, et les candidatures pleuvent.

Je m’attends tout de même, comme pour les éditions précédentes, à des niveaux et des styles très variés. Le panel ne représentera pas le « meilleur » des talents (aucun concours ne peut le prétendre !) mais leur diversité. Je vais juger ces gens avec une certaine curiosité, et plus de bienveillance.

Petite inquiétude : avant les sélections parisiennes, aucune femme n’est qualifiée. Habituellement dans ce concours, il y a certes plus d’hommes que de femmes, mais je n’ai pas le souvenir d’une répartition aussi déséquilibrée. Affaire à suivre avec les deux derniers finalistes ?

Finalement, aucune femme ne participera au concours… Il y en avait parmi les présélectionnés pourtant.

La finale des Best de l’Humour : résumé

Les qualifiés pour la finale à l’Alhambra

Avant les sélections marseillaises, je connais Inno JP et Basile. Inno JP a participé au gala de Kyan Khojandi, Derrière un micro Paris-Bruxelles. Basile est l’un des protagonistes des Tocards, et comme je suis allée à Nantes, je l’ai vu…

À Lille, la future recrue du Laugh Steady Crew, Noah, a dû s’incliner face à Julien Bing. Noah m’a confié avoir vécu une belle expérience, c’est l’essentiel pour lui.

En tout cas, je connais bien trop peu les gens de la liste (et encore moins ceux qui ont tenté leur chance) pour juger… Il faudra se rendre au théâtre pour connaître les forces en présence !

Qualifiés aux Best de l’Humour 2020Ville
Yassir BouchnafaToulouse
Doug le friséMetz
Inno JPBruxelles
Funky FabBruxelles
Romain JacquesGenève
BasileNantes
Julien BingLille
BedouMarseille
Yanisse KebbabLyon
Lucas VolpiNice
Yazid AssoumaniParis
Cyril HivesParis

Épilogue : mon top 6 des sélections parisiennes

On n’allait pas vous laisser sans revenir sur les sélections parisiennes ! Il y avait 25 candidats pour 2 tickets gagnants. Plus deux chauffes (Ike et Karim) qui ont été bons, mais pas assez pédagogues pour emmener le public dans une ambiance bienveillante. Le jury a bénéficié de l’aide du destin, car deux humoristes ont distancé le reste du groupe : Yazid Assoumani (35 points) et Cyril Hives (20 points). De fait, nous étions très partagés pour le peloton des outsiders… Voici les artistes ont su me parler et pourquoi.

6e : Aude Alisque

Il lui a suffi d’un mot, le premier qu’elle a prononcé. Avant le concours, j’avais envie de choisir Aude Alisque plus qu’une autre pour sauver l’honneur et inviter au moins une femme à l’Alhambra.

Ce n’était pas une histoire de quotas, mais davantage de conviction artistique. Je crois plus en la proposition artistique d’Aude en général, il lui fallait pourtant vraiment se distinguer ce soir-là. Et malgré son entrée en scène, elle n’a pas su le faire (mauvais choix de passage ?). La proposition était intéressante mais trop juste ce soir-là.

5e : Tahnee

Tahnee a été l’une des rares humoristes à ne pas faire de faux pas. Tout fonctionnait plutôt bien, et en plateau d’humour, ce serait passé comme une lettre à la poste.

Mais pour ce festival, on attendait peut-être plus de Tahnee. La fraîcheur de son stand-up était insuffisante pour qu’elle marque les esprits comme elle a pu le faire ailleurs. À sa décharge, elle passait dans le second groupe qui a eu un mal fou à connecter avec le public… Si cette connexion avait opéré et que Tahnee avait été un cran au-dessus, elle aurait pu faire quelque chose de fort. La prochaine fois, elle prendra sa revanche.

4e : Nicolas Fabié

C’était le meilleur de la deuxième session. Son storytelling fonctionnait, mais manquait de folie. S’il avait pu mettre tous les moyens de régie de son côté, il aurait retourné la salle. Au lieu de ça, Nicolas Fabié a obtenu un consensus au niveau du jury : tout le monde l’a bien aimé, mais ils devaient l’attendre au tournant. De fait, il a été un outsider plus qu’un vainqueur en ce 12 janvier.

Pour ma part, je sais qu’il aurait pu faire mieux, mais qu’il a fait tout ce qu’il a pu dans les circonstances à sa disposition. Peut-être plus d’interactions auraient changé la donne ? On ne peut pas refaire l’histoire…

3e : Avril

Avril a participé à la première session, à l’inverse de Nicolas et Tahnee. Si le public était moins nombreux, il était plus réceptif. Au niveau des conditions, ça allait donc plutôt bien…

Mais au moment où il montait sur scène, Yazid Assoumani a pris la décision de quitter la salle. Il voulait être le plus discret possible et revenir en loge, mais l’accès était condamné. Distrait, le public n’a pas été aussi perturbé que l’artiste. Avec plus d’expérience, Avril aurait saisi l’opportunité pour marquer les esprits. Or sur le vif, il a été pris de court.

À ce stade, il avait encore des chances de bien faire. Plus il était sur scène, plus il rattrapait son retard dans un passage qui montait en puissance. Le hic : il a choisi de tester quelque chose d’assez neuf plutôt que de proposer un passage sûr qui le définisse.

Avril se cherche encore, et en envoyant ce message au jury, il ne pouvait pas parler à mes confrères. Moi, j’ai voulu saluer la prise de risque et la prestation. Au final, il y avait l’ADN d’Avril, ces questionnements interminables. Moi, je le connais, mais les autres le découvraient et n’avaient pas sûrement idée de ce qu’il se passait. Donc, quand il trouvera le passage qui livrera son univers sur un plateau, il séduira tous les jurys du monde. Là, il les a laissés de marbre.

2e : Yazid Assoumani

Yazid Assoumani a livré une prestation impeccable. Son passage, rodé en plateau des mois durant, était parfait. Il donnait à voir tout son talent et son univers. Il a donc fait l’unanimité.

Je ne l’ai pas mis en tête de mon classement, car je cherche la petite étincelle qui montre qu’un artiste peut surprendre. Faire un pas de côté et nous rattraper dans la seconde qui suit. Yazid n’aurait vraiment pas pu faire mieux ce soir-là, et il a fait le bon choix. Sa qualification unanime est logique…

1er : Cyril Hives

…Mais celui qui est vraiment sorti du lot, c’est lui. Cyril Hives, le stand-upper qui a toujours un coup d’avance sur la tendance du LOL. Son passage partait fort, trop fort. Un choix audacieux, parce que cela oblige à avoir un impact fort durant six minutes.

Il a été bon tout le long. Or comme son passage perdait un peu en intensité, tout ce qu’il pouvait faire après ce début tonitruant paraissait fade. C’était meilleur que bien des propositions ce soir-là, mais le contraste le desservait.

Qu’à cela ne tienne, le niveau assez moyen des prestations globales ne menaçait pas Cyril Hives. Il a pris des risques tout en sachant montrer son univers. Pour moi, il l’a emporté haut la main, en sortant de sa zone de confort. C’est aussi le fruit de mois de travail pour se renouveler, et je n’ai pas l’ombre d’un doute sur mon choix.

Performances globales

Il y avait plusieurs écoles : les comédiens au jeu impeccable, qui devraient vraiment collaborer avec un auteur. Très charismatiques, ils devenaient des coquilles vides en raison de leur texte soit peu original, soit sans intérêt.

De l’autre côté, il y avait ces propositions artistiques au stade d’embryon. Prometteuses, elles montraient qu’il y avait encore beaucoup de travail. Je suis de ceux qui pensent que tout s’apprend, sauf le fait de proposer quelque chose d’original. Et l’originalité était bien cachée sous des prestations inégales.

Globalement, on pouvait donc émettre un constat fort : le niveau parisien n’était pas folichon. Dans un entre-soi artistique qui leur fait courir les plateaux, ils peinent à progresser de manière significative.

Les raisons diffèrent vraiment d’un artiste à l’autre, mais cette stagnation pourrait disparaître. Si on choisissait 10 personnes sur les 25 présentes ce dimanche, et qu’on les mettait dans une troupe genre Star Academy du LOL, ils pourraient se nourrir d’univers bien différents.

Si une école de la sorte, avec une dizaine de professionnels de qualité et un vrai suivi artistique pour ne pas mettre des gens dans des cases existait… Les humoristes français deviendraient invincibles. Appelez-moi quand un tel projet voit le jour, je signe !

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