Comédie alternative : un remix signé Humourman

Juliette 14/11/2019

Mercredi 13 novembre 2019, la comédie alternative arrivait de manière assumée en France dans un minuscule plateau du 11e arrondissement de Paris. À l’animation et la programmation, Humourman réalisait mon rêve.

Top départ pour la comédie alternative à l’Étage Comedy Club

Guilhem, alias Humourman, a eu la brillante idée de mêler la musique techno au délire. Écoutez-moi ces splendeurs de musique synthétique, que je connaissais absolument toutes, évidemment. Eh oui, on était sur un délire « alternative remix » pour présenter la différence des humoristes présents.

Il y avait des fous, des sacrément névrosés et des lunaires. Un alien a même pris le micro ! À ce stade, vous devez vous dire si je prends des produits illicites (poke Antek). Ok, je vous perds vraiment.

De quoi parle-t-on ?

La comédie alternative s’oppose par définition au courant dominant. Actuellement, le stand-up sur les parties génitales est le courant dominant. Il y a aussi un peu de métro, et de nouvelles masculinités/féminités. Les fêlures, tout ça. Et franchement, c’est très bien. Je caricature un peu, mais vous avez l’image.

Cependant, parfois, on a envie d’autre chose. C’est pour cela que Yacine Belhousse est aussi populaire auprès des humoristes, et a un public très engagé. C’est aussi pour ça que les soirées comme le Bunker Comedy Club affichent complet.

Est-ce un vrai truc ?

Paradoxalement, le public n’a pas encore intégré la culture stand-up partout. Ça confond encore stand-up et one-man, parce que globalement, les gens veulent se marrer. Il faut commencer à être vraiment spécialiste, comme pour ceux qui distinguent la techno ou EDM de l’eurodance, de la trance et de l’uplifting. En gros, chaque secteur culturel a son jargon, et personne n’y comprend rien.

Les humoristes ne se définissent pas encore comme alternatifs. La presse les qualifie volontiers d’OVNI du rire, et ça attire. La différence, ça plaît, parce que qui veut se définir comme étant dans la norme ? Pas grand monde…

Il y avait deux équipes hier soir : d’abord les amis de la névrose, Renaud Sanviti et Aude Alisque. Ensuite, les fous ou extraterrestres, dont font partie Bobbin et Jack Line. Les simples originaux, comme Léo Filipetti ou Pierre DuDza. Et enfin, ceux qui sont dans la mouvance de Monsieur Fraize ou Jean-Philippe de Tinguy : Humourman et Nadim.

La comédie alternative, ça donne quoi ?

Voici le line-up légèrement modifié qui a joué à L’Étage Comedy Club.

Il y avait une différence : Avril a dû annuler pour rester concentré sur le Laugh Steady Crew. De fait, Jack Line l’a remplacé : un choix terriblement nécessaire tant ce gars est à part. Et si Bobbin est là, Jack Line doit aussi venir !

L’ambiance était très agréable, intimiste et bon enfant. On sent qu’on est encore aux balbutiements du genre, mais chaque humoriste tente de belles choses. Beaucoup de test et d’idées ingénieuses viennent donner de la puissance aux rires. Bobbin a sans doute été le plus percutant de tous ce soir-là. Et c’est une belle prouesse quand on invite Nadim !

Humourman/Guilhem a dû composer avec une schizophrénie scénique. Son personnage est certes fidèle à ce qu’il est, mais heureusement pour Guilhem, il quitte son costume d’Humourman dans la vraie vie. Difficile d’être efficace dans le monde réel quand on évolue avec une telle naïveté !

L’écueil de la comédie alternative

L’erreur la plus fréquente lorsqu’on se frotte à de l’absurde, c’est la tentation de faire n’importe quoi. Penser que vous pouvez opposer des idées pour provoquer un rire sûr est une erreur monumentale.

L’absurde, et plus généralement ce qui sort de l’ordinaire, cela demande une maîtrise insoupçonnée. Vous pensez que le comique fait n’importe quoi, mais il a travaillé l’ensemble. Le mieux, c’est quand l’absurde a du sens sans en avoir l’air.

C’est pour ça que ce genre n’est pas pour tout le monde. Les symptômes d’un passage où le courant alternatif ne passe pas sont :

  • les malaises qui n’aboutissent à rien ;
  • le public qui se pose trop de questions et qui décroche ;
  • un amateurisme masqué derrière une étiquette absurde.

Verdict

Fort heureusement, personne n’a créé de telle ambiance. Des flottements, il y en avait par petites touches. Le public était parfois circonspect. Les humoristes et observateurs aguerris réagissaient beaucoup mieux. Il y avait une vraie cohésion entre tous les artistes. Ça, c’était beau.

Tous les voyants sont au vert pour une belle progression de la comédie alternative. Et ça, ça fait énormément de bien ! Alors venez découvrir la comédie alternative, vous passerez une soirée extraordinaire.

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