François Bellefeuille à Paris : une semaine pour convaincre

Juliette 16/09/2018

François Bellefeuille a joué à Paris en ce début septembre. Un test grandeur nature pour la star de l’humour québécoise, qu’il a réussi haut la main. Retour sur une semaine effrénée.

François Bellefeuille à Paris : jeudi, One More Joke

Rentrée du One More Joke. Tania Dutel remplace Louis Dubourg à la présentation. La tension est très forte : Certe Mathurin n’est pas là. Il vient de jouer en Espagne et, au moment du retour, il subit un retard en raison des intempéries. Pour sa première officielle, Tania doit assurer la chauffe. La programmation est de haut niveau : elle comprend notamment Blanche Gardin, Jason Brokerss… et François Bellefeuille.

Je le vois arriver, téléphone portable à la main, visiblement un peu perdu. Personne ne réagit ; j’imagine qu’au Québec, la scène serait surréaliste. Même si je programme encore le One More Joke, je n’ose pas trop le guider à l’intérieur. C’est un peu mon premier jour aussi, je ne voudrais pas faire de gaffe.

En coulisses, carnet à la main, François Bellefeuille se fond dans la masse. Il peut compter sur la présence de Jason Brokerss, récemment passé au Canada pour la captation Netflix. Les deux humoristes ne se quitteront pas tout au long du périple.

François Bellefeuille sur scène

J’écoute le podcast de Mike Ward depuis peu. D’habitude, je privilégie les épisodes avec des humoristes français ou suisses. Traduction : ceux qui n’ont pas l’accent québécois. Même si du vocabulaire m’échappe, je comprends ce qui se dit.

À titre de comparaison, écouter un podcast avec des québécois est à peu près identique qu’en anglais. Je comprends tout, mais j’ai besoin de beaucoup plus de concentration. Aussi, j’aime bien voir du stand-up en live plutôt que sur YouTube. En effet, la connexion et la compréhension fonctionnent mieux par le regard.

Ce ne sera pas le cas ce soir-là. En fait, je n’ai pas regardé le passage. J’étais trop concentrée à l’enregistrer. Je le faisais pour Dalila, que je n’arrête pas de suivre décidément ! C’est elle qui m’informe sur l’humour québécois. Elle est incollable, et je la consulte car je suis complètement dépassée.

Heureusement, le public ne partage pas ma difficulté. La salle rit de bon cœur et mesure l’importance d’avoir un humoriste de cette trempe ce soir-là.

François Bellefeuille à Paris : dimanche, Le Point Virgule

François Bellefeuille est venu jouer à Paris de manière soutenue. Il ne se contente pas des plateaux : le Point Virgule lui offre deux showcases dimanche et lundi à 19 heures. Après Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, la plus petite des grandes salles ne manque donc pas le coche. Le public répond nombreux, et comme pour Philippe-Audrey, je manque le coche.

Cette fois-ci, je ne suis pas bloquée en province lors de la grève SNCF. J’ai un autre programme : l’anniversaire de Maoulé, qui nous offre de nombreuses photos de stand-up sur le spot du rire. Je me retrouve donc à prendre la ligne 8 de bout en bout pour aller à la Javelle. Le QG actuel du Why so serious comedy club se transforme en goûter géant à 16 heures. J’offre le livre de Blanche Gardin à l’humoriste-star de la soirée. Ses collègues du Why so serious et du Laugh steady crew jouent quelques minutes. Un événement intime, loin de la frénésie du Point Virgule.

Après le gâteau, je fonce au Point Virgule pour retrouver mon envoyée spéciale. Elle ne le sait pas encore, mais elle m’aidera beaucoup dans l’écriture de cet article ! Elle sort du spectacle très satisfaite de la prestation de son humoriste phare. En somme, elle l’attend pour lui expliquer tout : sa passion pour l’humour québécois, son envie d’aller au Bordel Comédie Club à Montréal, Mike Ward, Simon Gouache, etc. François Bellefeuille, touché, lui propose de l’aider à obtenir des tickets quand elle viendra.

François Bellefeuille à Paris : mercredi, Café Oscar

Jamais 2 sans 3 : je vois passer la programmation du Café Oscar. Pierre Thevenoux l’a partagée. Je ne sais pas si j’informe Dalila : elle travaille normalement le soir, je ne voudrais pas la frustrer de ne pas y aller après le One More. En fait, elle est disponible.

Nous nous retrouvons donc au Café Oscar ; la salle est presque remplie. La scène est similaire au One More Joke : François Bellefeuille arrive, se met en retrait, téléphone à la main. Dalila, après la discussion du Point Virgule, tient à le remercier de son geste pour le Bordel Comédie Club. Elle ne sait pas si elle doit aller lui donner maintenant, moi non plus. Par peur qu’il s’en aille pour un autre plateau, elle ose. Ce qui est sûr, c’est que François Bellefeuille n’est pas prêt de l’oublier !

Ça tombe bien : il partira pendant le show, prenant son acolyte Jason Brokerss sous le bras. La soirée est bizarre : Jason démarre en trombe. La salle rit aux éclats. Les blagues sont percutantes, le passage est long mais jamais ennuyeux. Une grosse soirée en perspective ! François Bellefeuille continue. Cette fois, j’écoute attentivement le passage. Je ris et je comprends enfin. Ce n’est peut-être pas mon style, mais cela fonctionne très bien.

Je soupçonne Monika Oscar, la patronne du lieu, de surjouer son rire. J’hésite entre le bruit d’un animal à l’agonie ou un orgasme. C’est très dérangeant tant elle rit. Avec les tableaux troublants du Café Oscar, l’atmosphère est définitivement spéciale.

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé…

François Bellefeuille sort de scène après avoir précisé qu’il prenait l’avion demain. Tout le monde se regroupe dans les coulisses. Jason et François vont s’éclipser. Christophe Ntaka est seul, l’ambiance change du tout au tout. Tout devient difficile, les humoristes bident les uns après les autres. La magie est retombée.

Pierre Thevenoux s’en sort quand même. Nick Mukoko, qui clôture la soirée, va vivre un sacré bide. Pour ne rien arranger, il m’engueule car je ris. Camille Lavabre m’avait fait le même coup à la Nouvelle Seine pour son spectacle. Je riais alors qu’il discutait avec un groupe précis, et il fustigeait mon attitude bizarre. Quelle erreur, mec, tu m’as braquée. Je t’ai détesté sur le moment. Peut-être que cela a eu une incidence sur les autres.

Je ne sais pas à quel point François Bellefeuille est drôle. Je veux dire, scientifiquement. Tout ce que je sais, c’est qu’on avait affaire à un phénomène paranormal. Ses successeurs n’avaient plus la niaque pour nous faire rire. Comme si son charisme les avait foudroyés. C’est sûrement ça, la marque des très grands.

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© Louis Dubourg

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