Sophie Imbeaux, magistrale dans Le monde merveilleux du colibri

Juliette 26/01/2019

Sophie Imbeaux joue à la Comédie des 3 Bornes Le monde merveilleux du colibri, une pièce de théâtre assez incroyable. Vous pouvez y assister les vendredis à 21h30 jusqu’en mai. Le spot du rire l’a découverte après quelques mois de jeu. J’en suis sortie subjuguée.

Flashback : ma rencontre avec Sophie Imbeaux

J’ai rencontré Sophie à Lyon, lors de Gerson fait son festival. A l’époque, elle jouait avec Alexandra Desloires la pièce Jeux de planches. Je n’y avais pas assisté par manque de temps, mais j’avais vu un extrait sur plusieurs plateaux. Energie à revendre, dévouement sur scène : j’ai noté leurs deux noms dans un coin de ma tête instinctivement.

Le premier contact s’est noué en coulisses, où j’avais affaire à deux professionnelles. Dans un festival d’humour, vous ne vous attendriez pas à cela… Elles m’ont même remis de la documentation, un dossier de presse sur Jeux de planches. S’il y a de nombreux humoristes que j’ai rencontrés une fois pour les oublier la seconde d’après, ces deux filles-là étaient à part.

Sophie Imbeaux dans Le monde merveilleux du colibri : une claque artistique

Vous pourriez facilement ignorer cette pièce, si vous ne faites pas attention. Or je vous encourage fortement à vous y ruer. Même moi, j’ai failli commettre cette erreur. Je devais la voir un samedi de décembre, mais les fermetures de métro liées aux gilets jaunes en ont décidé autrement. Le destin me jouait un nouveau tour, mais il fallait corriger le tir.

Le 25 janvier, fatiguée, avec l’envie d’aller à l’inauguration du plateau Comédie Paradiso, je coupe pourtant la poire en deux. Je fais d’abord un saut au plateau de Manu Bibard et d’Omar Dbb avant de me rendre à la Comédie des 3 Bornes.

Cette salle, à l’instar de la Petite Loge, m’a fait vivre de beaux moments artistiques. Dès les premiers mots de Sophie, je pense tout de suite à Marion Mezadorian et ses Pépites. J’y retrouve la même générosité, le même enthousiasme et surtout un vrai talent de comédienne sur une si petite scène. La naïveté du personnage de Clémentine me séduit d’emblée. Je m’identifie, je perçois sa folie et je vis un vrai moment de plaisir. Après quelques minutes, tout bascule.

Une symbiose entre mise en scène, jeu, texte, présence, etc.

Sophie Imbeaux ne se contente pas de jouer une pièce. Elle vous happe dans une véritable histoire. On est loin du storytelling touche-pipi qui fascine les stand-uppers. Là, c’est plus du talent d’écrivain à la Joël Dicker. Je n’ai pas lu ce type, mais voici comment une connaissance me l’a décrit :

D’habitude, je comprends tout de suite l’intrigue et je sais ce qui va se passer. Mais lui, il apporte des rebondissements que je n’avais pas vu venir, ce qui ne m’arrive jamais.

Les nombreux personnages n’ont rien à voir les uns les autres. Il faut pouvoir les imaginer, les coucher sur papier et les jouer. Avec tant de disparité, l’exercice devient une prouesse théâtrale. J’ai appris que Sophie enseigne le théâtre (ou a enseigné, c’est dans le dossier de presse que j’ai toujours avec moi plus d’un an après). Ses élèves doivent être ravis.

Autre surprise : la décontraction sur scène. Si je la connaissais mieux avant, je vous aurai dit que c’est normal, puisqu’elle a fait du théâtre d’improvisation. Lors d’un imprévu, elle jongle avec beaucoup de maîtrise avec les mots pour sortir la bonne réplique, avec l’air de ne pas y réfléchir.

La mise en scène de Patrice Soufflard, également, vaut le déplacement. Elle vaut même l’attente assez longue (exceptionnelle, peut-être ?) avant l’ouverture des portes. Les objets et costumes changent avec une fluidité impressionnante pour une représentation en petite salle. On s’attend à ce niveau dans des lieux beaucoup plus vastes, avec tout un staff pour faciliter la vie de l’artiste. Or Sophie tient son seul-en-scène d’une main de maître et tout s’enchaîne merveilleusement bien.

Une expérience de théâtre qui vous conquiert

Côté émotions, la palette est très étendue. L’univers passe du rire à l’émotion, voire au drame à certains moments. Ce n’est jamais dur à vivre, il règne comme une légèreté.

Lorsque je juge une prestation, la sincérité des comédiens et leur côté humain est une priorité. Je considère chaque heure de stand-up ou de théâtre avec ce filtre. Mon instinct me fait aimer ou ignorer un artiste en très peu de temps. Pour Sophie Imbeaux, le test est plus que positif. Pourtant, nous sommes quasiment des inconnues l’une pour l’autre… mais c’est comme si je la connaissais depuis toujours.

Cette générosité artistique me fait penser à d’autres comédiennes et humoristes passés par la Comédie des 3 Bornes. Je vous parlais de Marion Mezadorian, mais il y a aussi Salomé Partouche ou Antek. Le point commun de ces personnes ? Leur enthousiasme, leur positivité et, dans le cas de Salomé et de Sophie, la tendresse qu’elles expriment quand elles racontent la folie moderne. Alexandra Pizzagali a de la concurrence, et c’est tant mieux !

Depuis plusieurs années, une micro-guerre oppose le seul-en-scène au stand-up. Si vous écoutez des gens comme Shirley Souagnon, le théâtre, c’est un truc avec des perruques où l’on se prostitue pour la télé. Si l’on veut que le stand-up et le théâtre moderne prospèrent, il faut savoir séparer le bon grain de l’ivraie dans les deux genres. Car oui, ce sont des genres qui cohabiteront parfaitement bien lors des prochaines années. On fera les comptes, mais je vous parie que les spectateurs aimeront les deux – pourvu qu’ils soient bien exécutés. Une chose est sûre, Sophie Imbeaux sera encore dans le paysage. J’ai hâte de la voir effacer les pièces de théâtre avec Gad Elmaleh et Philippe Lellouche sur les affiches de Paris.

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