Blague à part : comment réagir quand on est le seul à ne pas la comprendre

Juliette 01/04/2018

Imaginez : vous êtes en plateau d’humour, l’humoriste sort une très bonne blague. La salle est en délire. Mais vous, vous n’avez pas compris. Parce que vous dormiez ou que n’aviez pas la référence… Le spot du rire vous vient en aide : voici comment réagir quand vous êtes le seul à ne pas comprendre une blague.

1. Rire quand même ? Oui, mais pas n’importe comment.

C’est le réflexe sûr. De nombreuses blagues sont accompagnées d’une musicalité : concentrez-vous sur le flux du son (si cela se dit ?) et repérez les chutes. Il est important de rire dans le même tempo. Idéalement, adopter la même intensité de rire que vos voisins dans le public. Vous pouvez rire moins fort, mais pas plus. Ce serait suspect. C’est comme simuler, ça ne fait jamais plaisir et on se fait griller…

2. Demander au voisin ? Non.

Vous êtes en mode survie : il ne faut donc pas prendre la confiance ! Restez dans la connivence avec l’artiste et prenez votre mal en patience. Sinon, vous risquez d’être pris à parti par l’artiste qui vous demandera peut-être si la blague précédente vous concerne. A moins d’avoir la répartie d’un stand-upper, on vous recommande de faire profil bas quelques temps.

Il paraît, d’ailleurs, que la patience a des vertus. Alors, peut-être que vous l’apprécierez plus une heure plus tard, lorsque vous demanderez des explications à votre voisin. Ou alors, vous vous serez détaché émotionnellement du désir de comprendre, et vous laisserez couler plus sereinement. Vous êtes un sage, et c’est très bien comme ça.

3. Rester dans l’ignorance ? Libre à vous.

Vous avez suivi l’étape 1 et avez ri de bon cœur. Vous avez, semble-t-il, pris le même plaisir que les autres. Parfois, il vaut mieux ne pas savoir. Cela peut paraître étrange, mais vous pouvez rire pour d’autres raisons. Vous pouvez comprendre les blagues (et le monde) selon votre propre prisme ! Vous êtes éclectique, et c’est génial. Bon, je dis ça parce que j’aime me lancer des fleurs – je suis souvent dans cette catégorie d’incompréhension…

4. Complexer face à la blague ? Pas nécessaire.

Un jour, on s’est violemment moqué de moi car je ne savais pas qui était Jean-Baptiste Poquelin. Apparemment, toutes les écoles de France expliquent aux élèves qu’il s’agit de Molière. Eh bien, il se trouve qu’avec un bac + 5 de lettres en poche et un bac de la même couleur politique, je n’avais jamais entendu ce nom.

Toujours est-il qu’on n’a pas la même culture. On se souvient avec émotion de la phrase de Jean-Pascal Lacoste : « un baryton, je pensais que c’était un poisson ». Remarquez, si je me souviens de cette citation, ça explique peut-être le pourquoi de mon ignorance littéraire. Je ne sais pas si c’est un truc franco-français, mais les gens aiment se vanner entre eux, ça a l’air de les divertir. Mais pour les blagues, vous ne pourrez pas tout comprendre. Avec cinq à sept humoristes par plateau, vous avez accès à autant de visions du monde ! Profitez-en pour récupérer un peu de culture générale…

Anecdotes de plateaux : 2 blagues que j’ai comprises après au moins un an

Vous culpabilisez encore ? Rassurez-vous : même avec des heures et des heures de présence dans le public, je passe encore à côté de blagues…

Lenny M’Bunga et la tectonique des plaques

Si vous allez au Paname Art Café, vous avez sûrement vu Lenny M’Bunga jouer quelques minutes. Quand il parle du rapprochement de l’Afrique de l’Europe de quelques centimètres par an, il évoque une référence que je n’avais pas. Pendant des mois, je me suis dit que j’allais demander à quelqu’un. Et je laissais faire, je riais et je trouvais la musicalité de la blague suffisamment drôle.

Puis, j’ai craqué. Au travail, j’ai demandé à mes collègues s’ils connaissaient Coller la petite. C’était aussi évident pour eux que pour mes voisins au Paname Art Café. Il y en a même une qui s’est mis à chanter cette chanson. Quelques minutes plus tard, j’ai découvert la référence. Mon Dieu, ça m’a fait un vrai décalage par rapport à mon rire initial… Parce que même si je sais que cette chanson est très connue, elle ne correspond pas à ma réalité. C’est comme si tu parlais de Julie Lescaut à un Argentin : tu as beau expliquer le concept, difficile de l’apprécier de la même manière… Pourtant, elle est tellement intelligente cette blague étant donné la controverse autour de la chanson (censure au Cameroun).

Jean-Philippe de Tinguy, Bioman et le déverrouillage

J’ai beau avoir vu le spectacle Le dernier Jean-Philippe plus de 30 fois au moins (selon TNS Sofres, nous n’avons que les estimations…), je suis longtemps passée à côté de deux blagues.

La première, c’est autour de Bioman, des fermiers respectueux de l’environnement. Bon, il se trouve que je n’ai jamais vu Bioman. J’ai deux secondes du générique en tête… Donc, pendant plus d’un an, j’ai vraiment cru que l’intrigue se passait dans une ferme. Le jour où j’ai découvert que le Père Noël… enfin, que Bioman ne parlait pas de ça, c’était quand j’ai voulu comprendre la blague. Je suis donc allée sur la page Wikipédia du programme… et j’ai enfin compris.

La deuxième, c’est la métaphore entre draguer une fille et déverrouiller son téléphone. Il développe toute une explication autour du code pin. Systématiquement, je riais. Oui, c’est brillant, c’est bien écrit code pin sur mon téléphone. Je trouvais la blague pertinente par rapport à ma connaissance de mon Nokia et je riais en même temps que les autres… sauf qu’ils ne comprenaient pas la même chose que moi. Après avoir vu le spectacle au moins 20 fois, j’entends la blague et je comprends enfin le double sens entre pin et pine. Peut-être que c’est parce que ce soir-là, il y avait Chris Esquerre dans la salle… Mais promis, je ne lui ai rien demandé !

Figurez-vous que j’ai testé cette blague sur mes collègues d’open-space. Les mêmes qui m’ont dévoilé la blague Coller la petite. Elles ne connaissaient pas le mot pine, en fait. Le plus grave, dans cette histoire, c’est que je connais le mot mais que j’ai mis environ 9 mois avant que ça accouche dans mon cerveau. Vous le voyez, tout n’est pas perdu : les éclairs de génie peuvent vous frapper.

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