Les mecs que je veux ken : on a lu le livre de Rosa Bursztein

Juliette Follin 06/02/2022

Le livre de Rosa Bursztein, Les mecs que je veux ken, est sorti en dĂ©but d’annĂ©e. Comme son podcast Ă©ponyme, ce nouvel objet s’ajoute Ă  la panoplie des crĂ©ations de l’humoriste.

Les mecs que je veux ken : que vaut le récit intimiste de Rosa Bursztein ?

Contrairement aux livres d’Avril et d’Emma de Foucaud, qui sont des romans, Les mecs que je veux ken est un rĂ©cit. Rosa Bursztein va y livrer son intimitĂ©, mais une intimitĂ© possiblement altĂ©rĂ©e. Je l’écoutais Ă  la fois dans son podcast Ă©ponyme, mais aussi dans Hot Line, puis j’ai dĂ©crochĂ©.

Les podcasts de discussion sur des sujets de sociĂ©tĂ© (fĂ©minisme ou sexualitĂ©, par exemple) vĂ©hiculent des opinions plutĂŽt que des raisonnements rigoureux ou scientifiques. À ce compte-lĂ , je prĂ©fĂšre Ă©couter l’avis d’un professionnel (psy, sociologue ou sexologue) ou lire des articles de presse. Je trouvais aussi que la parole de Rosa Ă©voluait en fonction des personnes qu’elle cĂŽtoyait davantage qu’en fonction de ses rĂ©flexions personnelles.

D’actrice à stand-uppeuse : les coulisses peu reluisants de l’industrie du spectacle

Ce qui m’a donnĂ© envie de dĂ©couvrir le livre, malgrĂ© tout ? Rosa Bursztein y parle de Ghislain Blique. Il n’apparaĂźt que trĂšs rapidement, lorsque Rosa l’a cĂŽtoyĂ© lors des auditions du Trempoint. Antoinette Colin, directrice artistique du Point Virgule, les a tous les deux mis de cĂŽtĂ©. C’était avant que le Point Virgule entame une dĂ©gringolade en qualitĂ©, qui atteint probablement son paroxysme aujourd’hui. La toxicitĂ© du Paname Art CafĂ©, souvent tue par peur du boycott, a aussi sa place.

De la mĂȘme maniĂšre, dĂ©crire la misogynie d’un pan du stand-up français permet au grand public de comprendre ce que vivent les artistes en coulisses. Un environnement Ă  la fois toxique pour les femmes et les hommes. Ces derniers se virilisent sous la contrainte pour se faire « accepter » de certains groupes d’humoristes qui se cooptent depuis des annĂ©es.

Rosa dĂ©nonce, comme Ă  son habitude. Elle prend des risques. Son audace et son ambition transparaissent du livre. Sur ces aspects-lĂ , je la retrouve dans son meilleur. En revanche, tous les passages liĂ©s Ă  sa vie sentimentale m’ont moins emballĂ©e. Certes, son cĂŽtĂ© Marguerite Duras des temps modernes a son charme. Certains passages sont mĂȘme poignants, et son vĂ©cu lui donne de la matiĂšre Ă  raconter.

En revanche, recevoir son point de vue sans contexte ou regard extĂ©rieur suppose qu’on la croie sur parole. Le passage de l’amour au dĂ©goĂ»t de moult hommes, les travers de l’univers des acteurs en herbe qui tombent en dĂ©pression
 Tout finit par errer dans une redondance et une envie de changer de disque.

Les mecs que je veux ken : à lire par curiosité, pas pour la postérité

C’est pourtant ce genre de rĂ©cit, Ă  la limite de l’influenceuse, qui draine le plus d’intĂ©rĂȘt mĂ©diatique. En soi, le livre de Rosa est assez agrĂ©able Ă  lire, mais il est de ceux qu’on dĂ©laisse. À titre de comparaison, j’ai un attachement bien plus fort aux crĂ©ations d’Emma de Foucaud et d’Avril. Si leurs romans n’ont pas la mĂȘme exposition, ils sont pourtant bien mieux ficelĂ©s, plus touchants et exaltants.

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Couverture du livre Les mecs que je veux ken © Les ArÚnes

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