Mauvaise Langue saison 2 à l’heure de Lausanne

Juliette 20/04/2019

Le dernier week-end de mars, j’ai décidé de partir à Lausanne sur un coup de tête. La raison : assister à Mauvaise Langue saison 2, enfin l’un des épisodes de cette année, et demander à Blaise Bersinger de jouer à Paris #prayforabsurde ! On vous raconte ce périple.

Mauvaise Langue saison 2 : ça aurait pu vraiment mal tourner

Il faut vraiment être passionné pour aller dans un bureau de change miteux à Gare de Lyon, se lever tôt un vendredi matin pour partir à Lausanne seule. S’inscrire sur un formulaire Google sans avoir reçu le mail de confirmation à l’heure du départ. Ne prévenir personne à la RTS de sa venue, et ne pas vraiment s’informer sur le lieu du tournage.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des boîtes de nuit qui servent de décor de talk-show accessibles dans une bouche de métro ? On était une bonne dizaine sur la place Chauderon 18, et non dessous. Tout cela jusqu’à ce qu’un technicien RTS nous disent que ce n’est pas là bien après l’heure limite.

On arrive donc bien après les présentations, et on est bien entendu derrière les caméras, contorsionnés pour voir une oreille de Blaise Bersinger ou Alexis Junod, les deux humoristes en plateau. Heureusement, dans le décor, je reconnais Yacine Nemra. Il sourit en permanence, et sa bonne humeur me rappelle que j’y suis : la CFF, la SNCF et TGV Lyria n’ont pas réussi à me priver de cet événement. Je vois l’émission 3 heures avant les téléspectateurs suisses, et un jour avant moi-même si j’étais restée en France, à regarder cela sur une tablette le samedi matin.

L’émission passe à toute vitesse : l’épisode 12, en l’occurrence, est aussi drôle que d’habitude. Blaise Bersinger est impeccable dans son rôle d’animateur : il me fait forte impression. La jeune génération humour suisse se lâche et mène des talk-shows en toute liberté (merci aux faibles audiences qui transforment cela en produit de niche). Je jubile. Comme quand j’ai vu un Grand Prix de Formule 1 pour la première fois, dans des conditions pas forcément idéales mais avec l’impression d’être au meilleur endroit qui soit. Et dire que Blaise Bersinger ne devait même pas animer ce numéro… Lui aussi revient de France, mais il a fait le trajet en voiture depuis Brest à la dernière minute ! Quelle histoire…

Rencontrer Yacine Nemra, suivre la bande de Jokers à son QG pizza

Dans ce studio improbable, toutes ces caméras m’intimident. Je mets un peu de temps, après l’émission, pour me présenter à cette bande. J’ai l’impression de connaître cette bande-là par cœur, et qu’ils ignorent tout de moi. Je me trompe : grâce à l’article de l’année dernière, certains connaissent même mon site !

Je mise tout sur la bonne bouille de Yacine Nemra, et c’est la bonne pioche ! L’humoriste, qui va sûrement percer très rapidement, va me mener à tout le monde et me faire oublier mon arrivée en retard… Je rencontrerai ensuite tout le monde, et suivrai Nathanaël Rochat et Sébastien Corthésy là où tous les humoristes de suisse se retrouvent : une pizzeria animée de Lausanne.

En immersion dans le service public suisse

Je rencontre Sébastien Corthésy, un homme essentiel au rouage de Jokers Comedy. Cette structure révèle pour nous la jeune génération suisse : Nathanaël Rochat, Alexandre Kominek, Thomas Wiesel, Blaise Bersinger, Charles Nouveau, Marina Rollman, Thibaud Agoston et j’en passe. En face de moi, je me remets à peine de mes émotions quand je comprends que la seule, l’unique Valérie Paccaud se trouve devant moi. Je pense immédiatement à son rire inimitable sur les antennes de Couleur 3, celles qui accueillent les humoristes suisses pour des chroniques très matinales. J’hallucine complètement, je m’exclame : « Mais oui, Valérie ! »

Je vais vous faire une confession. Je pense que je deviens suisse. J’écoute même des émissions d’une heure et demie sur la radio suisse, l’équivalent des Grandes Gueules en France. Quand je mentionne Suzette Sandoz à Nathanaël Rochat, il est impressionné que je connaisse tout cela à ce point. C’est une politicienne, et je trouve ça improbable qu’elle fasse des émissions avec ces fous d’humoristes tous les dimanches.

La Suisse sait valoriser ses talents

Les humoristes sont partout en Suisse. Sur les bus, on voit Yann Marguet. Les festivals d’humour dans tout le pays font l’objet d’affiches. Le vendredi du tournage, Genève accueille notamment Thomas Wiesel et Thibaud Agoston dans leur comedy club historique. Je ne peux pas être partout.

J’ai du mal à conceptualiser cet esprit de village. Ces talents-là ont rapidement accès à un média télé/radio. Mais la suisse-romande, comme Nathanaël Rochat me le confie, c’est deux millions de personnes et une poignée d’humoristes. Ma vision est décalée, mais pour moi, ce sont des superstars. Cette distorsion me fascine, et me fait aimer encore plus l’esprit de camaraderie que je constate.

Rochat, c’est le taulier de la bande. Il n’est pas de la même génération, mais il a émergé juste avant les jeunes loups du stand-up suisse. Son style nonchalant, c’est sa signature. Je lui voue un profond respect, juste parce que Thomas Wiesel semble le considérer comme son mentor. Tous ces gens sont les successeurs de Marie-Thérèse Porchet (vous allez voir, ce n’est pas le même genre). Charles Nouveau en parlait très bien dans Antek on R… Il/elle est d’ailleurs de passage à Paris pour plusieurs mois !

Épilogue : Blaise Bersinger à Paris, est-ce possible ?

Si vous êtes encore là, merci ! Je pourrais vous parler longuement de ces talents suisses, voire vous perdre avec tant de références obscures. Je baigne trop dedans, il faut se rendre à l’évidence… Au début, l’idée était quand même de rencontrer Blaise Bersinger, cette créature humoristique fascinante.

Ce linguiste de formation, pur produit d’une impro absurde, est complètement décalé, OVNI-esque. C’est comme si Monsieur Fraize animait un talk-show. Rendez-vous compte (même si Blaise me semble bien plus malléable aux divers exercices de l’humour) ! Je ne m’en remets toujours pas. Bref, je lui ai demandé si je pouvais espérer le voir à Paris. La réponse est oui, mais… il faut qu’un théâtre comprenne son univers, ait envie de le programmer. Un peu comme Thomas Wiesel en décembre dernier, au Point Virgule. Mais Wiesel avait largement déblayé le terrain avec France Inter et Quotidien. Aller à Paris pour aller à Paris, cela n’intéresse pas du tout Blaise. Je le comprends : il faut faire cela dans de bonnes conditions, sinon cela ne vaut pas la peine.

Blaise Bersinger, je l’aime car il ne semble pas faire de concession sur qui il est. Aucune télé, aucun théâtre ne devrait le formater pour des besoins de promotion. Je ne veux pas que ça arrive, et je pense que Paris a beaucoup à apprendre de ce qu’il se passe en Suisse. Franchement, il suffit de le voir 1 minute pour comprendre qu’il n’est pas comme les autres. J’espère que vous aurez cette chance sans devoir prendre un TGV Lyria. Je ne lâcherai pas le morceau, et j’attendrai que le miracle se produise… En attendant, je suis rentrée avec plein de souvenirs dans la tête, que je suis heureuse de vous partager !

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© RTS – Capture d’écran YouTube

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