Lucie Carbone, joueuse dans Badaboum

Juliette Follin 31/10/2019

Badaboum, c’est comme un bon roman. Tu patines au dĂ©marrage face Ă  tous les Ă©lĂ©ments que l’auteur, Lucie Carbone, t’expose. « Pourquoi tout ça ? Je veux entrer dans le vif du sujet, moi ! »

Patience
 Sais-tu que ces dĂ©tails sont essentiels et te serviront tout au long de l’Ɠuvre ? Oui, cette phrase sonne comme celle d’un professeur. Or cela n’a rien d’étonnant, tant Lucie Carbone aime ce rĂŽle d’élĂšve modĂšle et appliquĂ©e.

Dans la classe des humoristes, Lucie ne figure pas encore sur le tableau d’honneur, mais elle y travaille. Depuis que je la vois jouer sur scĂšne, je ne l’ai jamais rien vu lĂącher. MĂȘme pas lors de cette soirĂ©e Ă  la ComĂ©die PassagĂšre, l’ancien plateau de Betty Durieux puis Cyril Hives, oĂč un homme passablement Ă©mĂ©chĂ© venait perturber le spectacle.

Lucie Carbone n’est pas une humoriste de plateau. Elle en fait beaucoup, mais ce n’est pas lĂ  qu’elle dĂ©voile vraiment son talent. Le format est trop court : elle a besoin de plus de mise en scĂšne, de plus de temps, pour instaurer son univers.

C’est donc dans son spectacle Badaboum que Lucie Carbone montre le plus son potentiel. Le mieux, c’est de passer en revue les forces et points d’amĂ©lioration de son spectacle.

Lucie Carbone dans Badaboum : les réussites

Les passages avec du jeu sont les plus percutants. GrĂące Ă  la mise en scĂšne de Matthieu Lemeunier, Lucie instaure des ambiances trĂšs soignĂ©es. C’est un Ă©crin parfait pour transmettre tous types d’émotion. J’ai trouvĂ© qu’elle le faisait trĂšs naturellement, et que cela passait instantanĂ©ment de l’artiste au public, par le regard et la voix notamment. On peut proposer quelque chose de trĂšs fort avec beaucoup de simplicitĂ©, et c’est gĂ©nĂ©ralement lĂ  oĂč on emporte mon adhĂ©sion. Bien jouĂ©, Lucie Carbone !

L’écriture est Ă©galement chirurgicale dans Badaboum. C’est trĂšs poĂ©tique et le fil conducteur nous guide grĂące Ă  des running gags bien pensĂ©s, auxquels on ne s’attend pas. Je craignais, connaissant Lucie et son amour des jeux de mots, qu’elle en abuse. Il n’en est rien : Ă  la place, elle propose des images et des mĂ©taphores trĂšs fortes.

LĂ  oĂč Badaboum pourrait frapper plus fort

Le dĂ©but du spectacle Ă©tait un peu poussif, puis tout est devenu trĂšs fluide. La faute Ă  un problĂšme de concentration, ou Ă  un stress supplĂ©mentaire dĂ» Ă  la captation ce soir-lĂ  ? Ce qui est sĂ»r, c’est que le jeu lui a permis de bien rentrer dans ce qu’elle devait proposer.

J’ai trouvĂ© que l’entrĂ©e sur scĂšne volontairement chaotique faisait perdre en efficacitĂ©, tout comme l’explication de texte sur le concept « Badaboum ». Oui, c’est important de l’expliquer. Mais quand on lit le descriptif du spectacle, on s’attend Ă  entendre parler de Lucie plus vite, et on se retrouve Ă  attendre un peu pour que cette partie dĂ©bute.

Pourquoi rencontre-t-on ces Ă©lĂ©ments ? C’est tout bĂȘte : un spectacle, ça se peaufine. Il demeure encore en rodage, et quelque part, on mise beaucoup sur celui-ci. On vous explique pourquoi tout de suite !

L’arme fatale de Lucie Carbone : la prise de risque

Badaboum, c’est un spectacle original. Je pense que seule Lucie aurait pu l’imaginer et l’interprĂ©ter. Pas seulement parce qu’il s’agit de sa vie, mais parce qu’on sent toute la sophistication qu’elle met dans son Ɠuvre et sa capacitĂ© Ă  pousser son imagination assez loin.

Autre élément décisif : son amour de la prise de risque et son audace. Ce spectacle a de fortes chances de devenir un bijou dans la catégorie seul-en-scÚne. On le voit clairement cartonner en Avignon, avec un bon marketing et une Lucie Carbone encore plus rodée. Affaire à suivre ?

Crédits photo

© Camille Pourcel

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