Monter sur scène : les états d’esprit avant le show

Juliette 15/02/2018

Dans quelques jours, le 33 Comedy m’accueille sur scène pour un passage hors line-up. Je me prépare donc activement à monter sur scène, avec toutes les activités physiques, intellectuelles et mentales qui en découlent. Je vous raconte tout cela sans filtre pour être au plus près du processus de monter sur scène pour la première fois.

Rappel : le 20 février, rendez-vous au 33 Comedy pour me voir jouer 5 minutes. Il y aura Seb Mellia, Jason Brokerss et Lenny pour assurer un niveau très satisfaisant du plateau, malgré ma présence si je bide. Réservez gratuitement pour pouvoir assister à la soirée. Et il y aussi BilletReduc pour ça.

Apprendre un texte et l’éditer

Quand j’écris un texte, je l’écris d’une traite. Je le relis rapidement, et je balance. Mais écrire un texte pour le jouer sur scène, c’est tellement différent. Là où je me détache complètement de ma création écrite, le sketch est très différent.

Je le modifie en permanence. Quand je marche jusqu’au métro, je regrette d’avoir délaissé un passage. Je le réintègre, je réorganise. A chaque fois, mes apprentissages passés se fragilisent. En plus, lors des premiers jours, ils ne se sont pas figés dans mon cerveau.

Fatigue accumulée

Chez moi, j’apprends mon texte à voix haute. J’essaie d’intégrer l’entrée et la sortie, segmenter chaque action. Cinq minutes de passage, puis une pause de cinq minutes, puis cinq minutes de passage, etc. Au bout de 4 ou 5 tentatives, je suis déjà épuisée.

Après, je sors d’une journée de travail… mais ça n’a rien d’exceptionnel. De nombreux comédiens accumulent les deux, et ma charge de travail n’est pas bien méchante. L’organisme travaille beaucoup, les résultats ne se font pas trop sentir.

Quand je me suis enregistrée en audio, j’ai entendu d’innombrables « euh » d’hésitation. Parfois, le contenu est trop perché. Difficile à suivre, mais j’ai envie de voir, de comprendre. Je veux créer quelque chose que j’assume, et après, il faudra juste maîtriser le micro. Et bien entendu, segmenter chaque action pour les isoler, les maîtriser cérébralement.

Ego boost

J’ai évalué que je pourrais jouer à partir d’une certaine date. Rapidement, j’ai eu la date de passage. Avoir un délai court entre les deux me permet de gérer le stress sur une période assez courte. Si à un moment, ce texte rentre dans mon cerveau, il n’aura pas à y rester bien longtemps. La rigueur n’est pas mon amie.

Quand j’ai annoncé ce passage au 33 Comedy, j’ai vu une partie de l’envers du décor. Le regard des gens semble altéré, ils te calculent davantage. Ils espionnent peut-être passivement d’habitude, mais les réactions sur les réseaux sociaux ont probablement été multipliées par 30. Et quelle institution pour faire un one-shot !

Cohabiter avec la peur et se retrouver

Quand on sort de sa zone de confort pour un projet très prenant, il est difficile de se détacher. Prendre le temps de respirer, de vivre, de laisser au corps et au cerveau de quoi s’oxygéner.

Monter sur scène a l’air bien plus prenant qu’une tâche lambda. Même une tâche stressante telle qu’un meetup. Un meetup, c’est une conférence en entreprise où l’on évoque un sujet devant une trentaine de personnes. A part un PowerPoint et l’absence de blagues, le reste semble assez similaire. Mais cela n’a rien à voir.

Monter sur scène, j’ai l’impression que cela change une personne en un temps record. Je ressens le besoin de me retrouver, de décrocher un peu. C’est décidé, le jeudi soir de la semaine d’avant, je regarderai Top Gear. Plaisir solitaire ultime. A Bruce Jouanny, tu as intérêt de prendre le volant d’une voiture jaune cette semaine. Laissons vivre le texte dans mes circuits neuronaux.

Le micro, ce symbole phallique qui peut me manger

Pour le moment, j’ai transformé le micro en une bouteille d’eau. Il n’y a pas de fil, mais je ne suis pas très bricolage pour recréer les conditions de scène. Je mets bien la lumière tamisée et je joue devant ma forêt de flyers, mais cela reste artificiel.

J’ai joué le sketch devant mes collègues à J-5. Les tremblements sont plus faibles que d’habitude, mais le débit de parole est toujours trop rapide. L’articulation laisse à désirer. Mais il y a quelques rires… On verra la suite !

Décompression : le calme avant la tempête ?

Après quelques jours, j’ai fini par me détendre. C’est suspect. De samedi à lundi, lorsque j’écris cette section supplémentaire, la pression est retombée et le texte me paraît su. J’ai même regardé une flopée d’épisodes de Parks and Recreation, une sorte de récompense-chill (je parle brièvement de cette série ici). On verra demain ?

Monter sur scène : mais pourquoi ?

Si j’avais dit 10 ans plus tôt que je prendrais le micro, on m’aurait sans doute ri au nez. Très bizarre de prendre la parole quand on ne sait pas parler. Après avoir dit que je n’étais pas intéressée pendant des mois, j’ai fini par me faire convaincre. Mais rassurez-vous : je suis d’accord, et j’ai des conditions idéales pour le faire. Je dois être à un moment de ma vie où je vais tenter des trucs. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas devenir cascadeuse (si tant est que ça vous affolerait…). Le saut en parachute reste une impossibilité, tout comme boire une goutte d’alcool.

Mais alors, s’agirait-il de prouver quelque chose aux autres ou à soi ? D’exister autrement ? De toute façon, ce ne sont que 5 minutes. Pas de quoi éponger l’univers.

Crédits photo

Jean-Patrick / Je suis lapin © 33 Comedy

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