Parlement : un Baron Noir nouvelle génération ?

Juliette 10/04/2020

La série Parlement, disponible en intégralité sur France TV, impressionne sur de nombreux points. En bonus, on apprécie la promotion de nouveaux talents dans un programme de qualité.

Parlement : la finesse des personnages servie par un humour décapant

L’histoire de Parlement est finalement assez universelle. Elle demande à un jeune pas vraiment armé pour affronter le monde de porter un costume d’adulte capable de le changer comme de provoquer sa ruine. Tout cela dans une institution européenne gigantesque, intimidante et qui lui fait immédiatement perdre ses moyens.

L’acteur principal de la série, Xavier Lacaille, excelle dans son rôle. Vous le connaissez sans doute plus pour ses performances scéniques avec Ambroise Carminati. Dans Parlement, on retrouve le côté naïf du personnage de Xavier sur scène, mais pas seulement.

Je connaissais en effet son talent comique, mais j’ai encore plus découvert son jeu d’acteur lorsqu’il se mue en Samy. Il interprète très justement l’inexpérience, puis la maladresse avant de se muer en véritable héros lors de moments décisifs.

Lost in Translation

Sans compter que, Europe oblige, les langues sont nombreuses : on passe vite du français à l’anglais, puis à l’allemand jusqu’au danois… L’alchimie entre Samy, Rose (Liz Kingsman) et Torsten (Lucas Englander), tous assistants parlementaires, fait mouche.

Lors du pilote, les effets comiques sont très nombreux. On se croirait dans Platane mixé à Baron Noir ou encore Parks and Rec. Les fans de cinéma et de séries seront ravis de voir quelques références (on a reconnu celle à Love Actually, mais il doit y en avoir des tas d’autres).

La série joue aussi sur la réception du spectateur. On se dit souvent : « on y est, cette scène va aboutir sur un truc cucul », avant que le scénario ne fasse volte-face. Certaines longueurs tiennent en haleine. À d’autres moments, on s’insurge de voir la situation s’aggraver pour nos héros.

Cependant, aucun personnage ne tombe dans le pathétique. Tous vont se révéler décisifs à un moment de l’intrigue. Ils seront même amenés à trahir, puis à retrouver leur humanité avant de faire encore foirer les choses.

Des âmes confuses qui nous gouvernent

Rapidement, on comprend que chaque personnage vit dans la tourmente. Trouver sa place, rester planqué, se battre pour ses idéaux ou garder une âme d’enfant dans un milieu procédurier : tout cela occupe inlassablement les personnages.

Je faisais un parallèle avec Baron Noir, mais l’intrigue politique n’est pas au centre. Habilement, les scénaristes choisissent un sujet a priori barbant (la pêche) comme fil rouge. C’est très absurde, voire surréaliste à certains moments. Eamon (William Nadylam), un fonctionnaire qui connaît tous les rouages, apporte un délicieux mystère à l’intrigue. La fiction nous emporte et les scénaristes Noé Debré, Daran Johnson, Pierre Dorac et Maxime Calligaro réussissent leur pari.

D’autant plus que la comédie devient plus subtile au fil des épisodes, l’émotion prenant l’avantage. Les personnages se révèlent de plus en plus attachants, leur quête se transformant à mesure qu’ils prennent des décisions. Pour le meilleur et pour le pire.

Pas de donneurs de leçons dans Parlement

J’ai particulièrement aimé de voir qu’on ne tombait jamais dans le message politique pur et dur. Il aurait été tentant de forcer le trait sur l’urgence écologique, et ç’aurait été un désastre scénaristique.

Les messages sont plus subtils, comme pour la manière d’interdire les blagues chez les baba cool de Facebook. Le discours d’Ingeborg à la fin de la série s’avère juste, car elle n’épargne personne (surtout pas elle-même).

En bref, le ton reste léger et on se surprend à dévorer la série d’une traite. Avec l’envie de la revoir. Mention spéciale à Arezki Chougar, dont l’apparition furtive nous a fait rire plus que de raison. Mais ça, c’est parce qu’il est une découverte humour 2020…

Bande-annonce

Crédits photo

© Capture d’écran de la bande-annonce – France TV

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