Nouvelles estivales

Juliette Follin 16/08/2026

La torpeur de l’été pourrait rimer avec absence de nouvelles humoristiques… Pourtant, il n’en est rien. Entre le Spotlight à Lille et le Paname Art Café à Paris, deux salles de spectacle émergentes subissent un bad buzz. Une déferlante due à des artistes qui utilisent les réseaux sociaux pour faire état de leur rémunération, absente ou disparue.

Commenter ces nouvelles fraîches reviendrait à répéter ce qui a été dit (ici pour le Spotlight et leur réponse). Prenons plutôt de la hauteur et constatons à quel point notre communauté apparaît divisée. L’écart de vécu des artistes « en développement » et des plus confirmés se creuse. Même chose pour différents courants militants, qui continuent à s’invectiver. Clairement, l’algorithme des réseaux sociaux incite à la polémique, maniant les émotions en temps de crise pour le monde culturel.

Se parler par écrans interposés via carrousels, commentaires et stories Instagram empêche de s’entendre, jusqu’au cyberharcèlement dans certains cas. Le phénomène n’est pas nouveau, mais son amplification inquiète. Par le passé, les médias avaient plus d’indépendance financière pour mener des enquêtes et recueillir la parole, la diffuser et organiser le contradictoire. Aujourd’hui, si la parole se libère effectivement, sa diffusion est sélective. Ainsi, on évoque en 2 jours chrono les errances du Paname, déjà soulevées par ailleurs. Mais ce focus répétitif, véritable course au clic, empêche d’aller plus loin.

Les sujets chauds du moment sont très nombreux et requièrent d’y consacrer du temps, comme cela a été fait pour la série estivale « Ouvrir les vannes » de Marie Riley (c’est Suisse). Pour l’heure, je vais me concentrer sur quelques réflexions qui occupent régulièrement mes pensées.

Dysfonctionnements en cascade

Dans mes pensées estivales, je me remémore un lieu qui a fait le bonheur de tant d’amateurs d’humour. Le Sentier des Halles a longtemps été un projet indépendant, qui tenait à bout de bras. Mais la qualité de la programmation du Sentier des Halles, si méconnue pourtant, défiait toute concurrence. La suite, vous la connaissez, et elle a même fait l’objet de cet article de 2023, passé sous les radars.

Penser au Sentier des Halles, c’est aussi réfléchir à comment les institutions du LOL peuvent évoluer. Cela ne m’étonne pas de voir des artistes voler à la rescousse du Paname et du Spotlight. Et tous ne sont pas issus d’une sorte de mafia qui aurait des intérêts communs à enterrer les polémiques (surtout pour le Paname).

Clairement, les dysfonctionnements dépassent le cadre des lieux épinglés. Si j’avais une baguette magique, je changerais pas mal de choses dans le milieu. Citons pêle-mêle une programmation artistique intergénérationnelle sur Rire et Chansons… Mais aussi des programmateurs de comedy clubs qui enchaînent les spectacles en quête de vrais talents. J’imagine davantage leur quotidien comme une réorganisation permanente de tableurs Excel ou une surveillance incessante de compteurs d’abonnés.

Et c’est tout le problème : imaginer, chercher à comprendre les sociétés de production et les comedy clubs, sans véritablement se rencontrer… Et pourtant, Dieu sait à quel point j’ai vécu l’humour de l’intérieur. Immersions chez Billet Réduc’, Fremantle (casting La France a un Incroyable Talent), les Planches de l’ICART, reportages en festivals et autres collaborations avec des artistes. Liste non exhaustive…

Les artistes sont un contre-pouvoir : voici comment ils peuvent en user

Une chose est sûre : la professionnalisation de l’humour se joue maintenant. Les artistes réalisent qu’ils peuvent devenir un contre-pouvoir s’ils unissent leurs forces. L’idée d’un syndicat d’artistes, autrefois portée par une poignée d’entre eux, est aujourd’hui centrale. Elle fait l’objet d’un rendez-vous très attendu le 2 septembre.

En parallèle, on se penche désormais sur les conditions de travail des artistes et des pros du spectacle. Le chantier est titanesque, bien plus conséquent que ce qui se dit dans les journaux. Tout se joue dès la transparence des recrutements (aujourd’hui désastreuse), et s’enchaîne jusqu’à l’épuisement des équipes.

Forcément, mettre tous les problèmes sur la table, c’est les regarder comme une montagne insoluble. Dans ce marasme, j’identifie pourtant un véritable espoir. L’immersion dans les comedy clubs, les billetteries, les réseaux d’artistes, m’a appris une chose. La majorité des gens subit, avec des marges de manœuvre très faibles.

Imaginons, par exemple, que dans la plupart des sociétés de production, un artiste puisse être mis en cause pour des VHSS. La majorité des acteurs du milieu (ceux qui n’ont pas le pouvoir, principalement) n’a rien à voir avec cela, et a tout intérêt à voir le problème traité. Pas pour détruire des carrières systématiquement, mais pour empêcher un décrochage de ladite société de production. Je m’inquiète vraiment pour des producteurs et des artistes, qui parfois se mobilisent pour lutter contre les violences, et travaillent en parallèle avec des personnes qui en sont les sources. Avec une épée de Damoclès sur la tête, pourtant, personne n’a intérêt à pratiquer la politique de l’autruche.

Au rythme où la parole se libère et où des communautés d’artistes aux sensibilités divergentes trouvent un terrain d’entente, l’étau se resserre. Je conseille donc à tous les artistes produits et qui savent que dans leur société de production, quelqu’un peut être mis en cause pour des VHSS, de se concerter pour adresser le problème. Individuellement, ils risquent d’y perdre au change… Mais s’ils se mettent en commun, leur production n’aura d’autre choix que de regarder le problème en face.

Le sens de l’histoire

L’espoir continue quand je me souviens du bonheur éprouvé lors de la découverte de la Petite Loge, en août 2016. Tout a commencé à ce moment-là. Les problèmes que j’énonce ici existaient déjà ; on n’en parlait simplement pas. Le pool d’artistes en lice pour une carrière était bien plus succinct, mais leurs opportunités étaient tout aussi restreintes.

Une différence notable avec 2026 : on avait le temps d’échanger, de vivre, de partager la même passion. On pouvait parler à cœur ouvert sans risquer de se faire incendier par un groupe d’artistes ou un autre. L’insouciance nous guidait vers les découvertes, l’exploration des salles francophones. Et pourtant, nous n’avions que si peu de diversité humoristique.

C’est le sens de l’histoire que d’accompagner cette diversité, en trouvant des espaces d’entraide sans se foutre sur la gueule tous les quatre matins. C’est le bordel, oui, mais on peut tout reconstruire mieux. Va-t-on y parvenir ? Pour le savoir, encore faut-il pouvoir se retrouver, se parler, s’offrir des opportunités les uns les autres.

Depuis deux ans, j’ai fourni des efforts colossaux pour me montrer digne d’une structure humoristique. Si leurs portes restent fermées et que je retrouve ma configuration initiale (travailler ailleurs), alors je continuerai à servir l’humour en toute indépendance, remettant en priorité ma carrière professionnelle.

C’est ce scénario qui se dessine, même si je reste optimiste quant à mon implication dans tout projet qui permettra d’améliorer le secteur. Mon cas est par ailleurs loin d’être unique… Alors si vous cherchez des personnes susceptibles de faire bouger les lignes, je sais qui vous recommander. Et je répondrai présente, bien entendu. Avant de vous quitter, je vous conseille un autre rendez-vous, le 8 septembre prochain, qui abordera en partie le futur du LOL. Sur ce, je vous laisse profiter de la fin de l’été en continuant de rester en veille. À très vite !

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