Critique littéraire : Rosa Bursztein, La peur au ventre
La peur au ventre, deuxième ouvrage de Rosa Bursztein, est une vraie réussite littéraire, entre introspection et portrait maternel. Après Les mecs que je veux ken, l’humoriste et comédienne frappe fort tout en confirmant l’habileté de sa plume.
Avec La peur au ventre, Rosa Bursztein livre une écriture intime résolument tournée vers les autres
Les livres d’humoristes de stand-up bénéficient toujours d’une belle mise en avant en librairie. Ainsi, celui de Rosa confirme la règle. Au-delà de la tendance, on a vérifié si cette lecture valait le détour. La réponse est un grand oui ! En prime, l’écriture est plus mature que pour son premier opus, que nous avions trouvé bon mais perfectible.
Tout cela se passait avant la sortie des livres de Panayotis, Mahaut ou encore Jessé. Ainsi, notre niveau d’exigence était sans doute très élevé à l’époque… Avec le recul, Les mecs que je veux ken ouvrait la voie à une écriture innovante, annonciatrice de belles expériences de lecture.
La peur au ventre est un livre qu’on ne lâche pas. Il va au-delà du narcissisme attendu sur de telles œuvres. De surprise en émotion, le lecteur passe par de nombreux stades, avec le plaisir en fil conducteur. L’ensemble est haletant, puissant, beaucoup plus divers que l’image de couverture laisse suggérer. La pudeur s’installe quand il le faut, faisant la part belle aux parcours de vie, de génération en génération. Vous aurez forcément un coup de cœur en découvrant le parcours de vie de la mère de Rosa, sans doute la fresque la plus passionnante de l’ouvrage.
Un regard plus juste que jamais sur la comparaison des succès en stand-up
Côté stand-up, on se délecte des avancées de Rosa vers une potentielle productrice. Les plus connaisseurs la reconnaîtront aisément, de même que l’une de ses artistes phares. Rares sont les témoignages qui allient justesse et transparence sur ce qui se trame entre les protagonistes de l’humour. Ce mélange de jalousie respectueuse, avec en toile de fond rivalité, envie de réussir et trajectoires singulières…
Au-delà de la perspective personnelle, le lecteur découvre qu’un rien départage les talents d’un secteur. La qualité d’une proposition artistique n’est finalement qu’un critère, parmi tant d’autres (discutables ?). Quelque part, ne pas faire partie des privilégiés produits, c’est aussi s’exempter d’apparitions futiles dans des galas… ou encore truster la couverture de magazines pour énoncer de sempiternelles banalités dans la presse mainstream.
Et, comme chacun le sait, Rosa est tout sauf banale. Toutes ses œuvres, comme son dernier spectacle Dédoublée, sont complexes, réfléchies, incarnées. Comme une Tania Dutel, elle n’est sans doute pas la première citée dans les médias… Mais nous savons à quel point ces dernières se renouvellent et offrent des spectacles toujours plus profonds.
Un ouvrage passionnant, impossible à lâcher de la première à la dernière page
La peur au ventre est l’une des plus grandes réussites en matière d’écriture stand-up littéraire. Si nous choisissons ce focus sur le stand-up, sachez que le récit s’équilibre habilement entre la quête de maternité, les parents de Rosa, l’arrivée de Mickaël et de Stella dans le paysage.
Également, comme mentionné plus haut, le récit est tourné vers les portraits d’autrui, se débarrassant habilement d’une plume trop narcissique vue chez d’autres. Mais nous n’irons pas jusqu’à opposer les œuvres : ce parti-pris est original, sans être meilleur qu’un autre. Il ne vous reste qu’une chose à faire : courir en librairie pour découvrir le nouveau livre de Rosa Bursztein !

