Nikoz, Petit clown belge à grosse cote

Juliette Follin 22/08/2026

L’humoriste belge Nikoz s’installe durablement au Point Virgule avec son nouveau spectacle Petit clown. Fin août, j’ai enfin découvert sa prestation après un avant-goût au FUP à Bobino. L’expérience m’inspire davantage qu’une critique. Une réflexion philosophique, c’est vous dire…

Nikoz au Point Virgule : le Petit clown belge offre un contre-exemple de choix pour les critiques stand-up

Une petite musique monte depuis plusieurs mois. Des programmatrices et artistes féminines avancent que les femmes qui montent sur scène ont généralement plus de propos à défendre dans leurs textes. Vous le savez, je ne peux me satisfaire de généralités binaires, surtout pour résumer une scène stand-up aussi vaste. Mais derrière cet argument, on distingue une problématique quasiment philosophique qui mérite d’être creusée.

À l’intersection entre art et divertissement, le stand-up s’interroge : porter des messages est-il nécessaire ? Les partisans du « tout est politique » opinent du chef, bien sûr. Mais entre la théorie et la pratique, les choses sont plus complexes (et heureusement).

Nikoz, l’humoriste élevé en comedy club (mais pas que !)

Bien faire l’humour ne veut rien dire en soi. On dit souvent qu’il faut se singulariser, surtout sur une scène francophone aussi vaste. Cependant, je vois pulluler une kyrielle de contre-exemples ces derniers temps. Le dernier en date ? Nikoz au Point Virgule. Pour aborder son nouveau spectacle Petit clown, il faut remettre en contexte la carrière de Nikoz et son aura dans la sphère comique.

Cet humoriste belge, qui a mis des billes dans le Petit Kings à Saint-Gilles (Bruxelles), commence à se faire un nom à Paris. Il fait bien plus qu’y poser ses valises. Son pedigree depuis plusieurs mois : gala Juste pour rire, Le Point Virgule fait l’Olympia, le Festival d’Humour de Paris… Sur un passage court, il s’avère redoutable. Soutenu par ses pairs, à la manière d’une Sarah Lélé, il donne l’impression d’être la nouvelle étoile montante du game.

Côté spectacle, il a développé son répertoire à Avignon quelques années plus tôt, et un peu plus récemment à la Petite Loge. Bref, un CV solide d’un artiste élevé en comedy club et dans les salles émergentes qui se respectent. Fun fact : son premier spectacle s’appelait Venez svp ! Ça ne s’invente pas…

Validé par le public, sans aucune contestation

Ainsi, en gagnant la salle du Point Virgule, je venais avec la quasi-certitude de passer un bon moment. Pour l’essentiel du public, venu nombreux (et parfois de loin : 2 heures de route pour un Jean-Luc de Montdidier), les rires répondent présents. Ils ne sont pas timides, comme on peut les voir au Théâtre du Marais, temple des seuls-en-scène émergents. Francs, réguliers, agrémentés de visages ravis d’être là.

Ma perspective est bien différente, pourtant. Au bout de quelques minutes, je réalise qu’il ne défend pas grand-chose, que le propos est faible. Autre problème : ça ressemble furieusement au manuel du parfait stand-upper, avec des phrases creuses comme « le stand-up, c’est cool, j’aime bien ». On regarde sans doute un wannabe-Fugazi en quête d’absurde, qui s’inspire aussi furieusement d’un mélange de Pierre Thevenoux et de Ghislain Blique en début de carrière. Son imitation des saumons ressemble au mime du requin du JCC saison 9. Le passage sur le documentaire animalier me rappelle les débuts de Ghislain et celui sur les nouilles de riz. Une inspiration sans doute involontaire (on ne demande pas à un stand-upper de maîtriser le mime en priorité), mais trop visible pour la laisser en suspens.

Patchwork réconfortant

Ainsi, ce patchwork d’artistes émergents, cumul de recettes de « comment bien faire l’humour en 10 étapes », empêche une véritable rencontre avec l’artiste… sur le fond, du moins.

Ici, la nuance est essentielle. Parce que la forme, elle, inspire confiance. Réconfortante, elle indique très rapidement au public que Nikoz maîtrise la scène. Mieux encore : on y décèle une forme de pudeur, un mélange d’humilité et d’arrogance. Sur la corde raide, il se met à nu en ne défendant rien, ou presque. Ikea, les caisses automatiques, l’ex qui ne reviendra pas… Au terme du spectacle, pourtant, on comprend enfin pourquoi il est un Petit clown. La case « je transforme un trauma en blagues » désormais cochée, à la hâte, mais quand même, rime avec contrat comique rempli.

Clairement, toute la partie de « je fais du stand-up pour plaire, vous séduire », interroge. Est-ce vraiment là, la place d’un artiste ? Ou bien doit-il apprendre à être épanoui dans ses relations avant de pondre de véritables blagues ? Quand on voit la trajectoire d’Hugo Pêcheur, personne ne questionne sa légitimité. L’humoriste est adoubé par les institutions et festivals (même Télérama !) pour Clochette, malgré son trash talk sur son ex. Ou alors, les critiques doivent-ils respecter cette forme d’humour, tout aussi légitime que celles qui font naître des Nanette-wannabe ?

Une institution qui décroche pour hiérarchiser les talents : focus sur la radio

En poussant le curseur un peu plus loin, on peut interroger la légitimité des institutions. France Inter, par exemple, qui snoberait la promo d’Adel Fugazi parce qu’il officie sur Nova, malgré un vrai plébiscite des équipes sur le terrain. Hasard du calendrier, on annonçait le casting des humoristes 2026-2027 sur la station de service public. Une annonce décorrélée d’une véritable hiérarchie de talents, opportuniste, avec quelques petits fours sympas parmi une fournée de canapés surgelés, industriels à souhait. Rien de nouveau sous le soleil…

Alors qu’en été, écouter Emma de Foucaud s’incruster à la manière d’un Charles Nouveau, remplacements salutaires au milieu du vide, n’a pas débouché sur une titularisation. Nova lui a fait la même, à Emma, malgré un job là encore réalisé. Sur les ondes, on ne cherche plus des plumes depuis bien longtemps. La présence d’un talent virtuose rime donc avec accident. Même le compère maléfique d’Urbain le glisse dans le podcast « Tout est nul ». Il a raison. On peut le déplorer, mais aussi voir en cela plus de possibilités d’exister en tant qu’artiste. Et pour les écritures les plus méritantes, aller les soutenir quand on est connaisseur change vraiment la donne. Ce n’est pas Paco Pérez qui dira le contraire (voir cette vidéo pour comprendre, même si les responsabilités sont difficiles à établir).

L’ascension de Nikoz est en marche, peu importe les critiques et penseurs du LOL, et c’est tant mieux : pourquoi le comparer avec Alex Di Mambro s’avère éclairant

Pour le cas de Nikoz, je vois deux priorités absolues. D’abord, les segments qui ressemblent trop à l’existant doivent sauter. C’est littéralement 2 minutes de spectacle, ça ira. Ensuite, ciseler son écriture. En effet, à certains moments, on avait envie de lancer un « abrège, frère », tant les répétitions intempestives retardent l’échéance. Un remplissage maladroit, justifié par une diction qualifiée de handicap. L’ensemble souligne aussi un travail de stand-upper solitaire, qui mériterait de parfaire sa collaboration à la mise en scène.

Aujourd’hui, c’est la talentueuse Alexandra Henry qui s’y colle, donc pas de souci de casting. Elle a fait des merveilles avec Lorenzo Mancini, qui s’attelle à creuser les concepts artistiques dans ses créations. Peut-être faudrait-il pousser Nikoz à en faire de même… Un peu comme pour Tom Baldetti en son temps, qui a un profil stand-up des comedy clubs similaire à Nikoz. Cela offrirait peut-être un vrai coup de boost à sa carrière ?

Le poids des réseaux sociaux

Pour le reste, je suis loin d’être certaine qu’il faille travailler sur le fond. En effet, si je le compare à Alex Di Mambro, je peux développer une autre lecture. Pour mémoire, Di Mambro a d’abord grandi avec le Laugh Steady Crew. Ses textes étaient prometteurs. Au fil de sa carrière, son élevage au Paname notamment lui a permis de trouver son public. Aujourd’hui, son spectacle Citron cartonne au BO Saint Martin, avec groupies et compagnie. Les angles, on les voit sur les réseaux sociaux : des poncifs vus et revus, clichés débiles sur les relations H/F.

Mais c’est le même Di Mambro, enthousiasmant dans ses premières créations, qui porte tout ça. Et ça lui permet de faire carrière, alors que le propos par écran interposé est d’une pauvreté abyssale. Les critiques ont beau froncer les sourcils, c’est le public qui a le dernier mot… La récompense de cette forme de vide ne plairait certainement pas à la chercheuse Nelly Quemener !

À la lumière de ces réflexions et trajectoires artistiques, l’ascension de Nikoz est incontestable. Pire : le forcer à singulariser le fond serait peut-être contre-productif. Mon instinct me souffle de le laisser grandir, évoluer dans sa vie, passer la trentaine, et continuer de faire des blagues. Même si, après 7 ans de stand-up et un ancrage au Kings qui me laissait présager d’un texte plus fin, je reste aujourd’hui sur ma faim. Après tout, sur la seule base de sa presta au FUP, je lui aurais donné sans ciller le prix SACD pour l’écriture… Preuve supplémentaire que pour juger un talent, il vaut mieux le suivre sur plusieurs années.

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