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Portrait de Shirley Souagnon, comédienne de stand-up

Interview Shirley Souagnon : « Le stand-up, c’est la philosophie des temps modernes »

Shirley Souagnon est un poids lourd du stand-up. Son charisme et son énergie sur scÚne embarquent immédiatement le public dans des rictus de plus en plus prononcés et de moins en moins contrÎlés.

Le spot du rire est allĂ© Ă  la rencontre d’un phĂ©nomĂšne qui continue de monter en puissance.

L’interview

Nouveau spectacle

Monsieur Shirley reprend bientÎt aprÚs rodage. Quelques indiscrétions à communiquer aux futurs membres du public ?

Je suis toujours en train d’écrire : comme c’est du stand-up, cela bouge toujours un peu. Une exclusivitĂ© ? Les gens pensent que je vais beaucoup parler d’homosexualitĂ©. Sachez que dans mon spectacle, je vais parler pour la premiĂšre fois du fait que j’ai couchĂ© avec un mec


Pour ce spectacle, j’ai fait du rodage avec Adrien Arnoux, dans des cafĂ©s-théùtres, des lieux insolites, bars, etc. dans toute la France pendant 3-4 mois. Le but, c’était d’aller chercher le public, des gens qui ne nous attendaient pas. J’étais passĂ©e par la case tĂ©lĂ©vision, et le but Ă©tait de me renouveler dans une ambiance de stand-up brute. Adrien faisait les 30 premiĂšres minutes, je trouve qu’il y avait un sacrĂ© niveau qui me mettait dans une nouvelle dynamique. A mes dĂ©buts, je faisais davantage des blagues de type « sketches », du moins dans la forme. Ce rodage m’a bien remise dans un nouvel Ă©lan : Ă©criture, jeu, rencontre du public.

Evolution en tant qu’artiste

A quel moment t’es-tu dit que tu voulais faire rire les gens sur scùne ?

Je ne sais pas vraiment. Je pense que tous les gens qui Ă©coutent leur for intĂ©rieur sont dans le mĂȘme cas : on ne sait pas vraiment pourquoi. Si on essaie d’analyser les choses : je viens d’une famille d’artistes : musiciens, danseurs, peintres
 tous les corps de mĂ©tiers. Depuis toute petite, je raconte des blagues, j’écris des blagues ou des poĂšmes. A 6-7 ans, j’écrivais dĂ©jĂ  mes premiers sketches, je forçais mon cousin Ă  jouer avec moi en duo ! Je ne sais pas d’oĂč ça vient, c’est peut-ĂȘtre une rĂ©incarnation, une personne qui continue sa vie d’avant


Si je pouvais faire autre chose aisĂ©ment, je le ferais sĂ»rement parce que c’est vraiment un mĂ©tier de fou ! Il faut sans cesse Ă©crire, parce que ce que tu Ă©cris au dĂ©but n’est jamais vraiment trĂšs drĂŽle. DerriĂšre ce qu’on raconte sur scĂšne, il y a de la souffrance, ça « lĂšve la merde », me concernant en tout cas ! Tous les types d’humour ne sont pas comme ça.

Il y en a de plus en plus


Oui, peut-ĂȘtre parce que le monde est de plus en plus dur Ă  supporter. On aspire, tous, de plus en plus Ă  autre chose.

Tu t’es inspirĂ©e de ce qui se fait aux Etats-Unis pour faire la transition entre sketches et stand-up ?

En commençant le mĂ©tier, au mĂȘme moment que VĂ©rino, Kyan Khojandi ou Baptiste Lecaplain, je faisais de l’humour. On ne savait pas trop ce qu’on faisait, on avait comme repĂšres Jamel Debbouze, Gad Elmaleh, Florence Foresti. Au fil du temps, Kyan Khojandi a commencĂ© Ă  m’envoyer des vidĂ©os de stand-up, il y a 8 ans. J’ai dĂ©couvert des mecs comme Chris Rock, George Carlin. Je suis tombĂ©e amoureuse de George Carlin, je me suis dit : c’est vraiment ça que je veux faire ! C’est tellement moi
 Donc, ça fait 8 ans que je sais ce qu’est le stand-up, 5 que je pratique et 10 ans que j’ai commencĂ© l’humour.

As-tu des inspirations hors stand-up ?

Bien sĂ»r ! En ce moment, je lis Jean-Jacques Rousseau, Les RĂȘveries du promeneur solitaire, ça m’inspire. Je trouve ça hyper intĂ©ressant. Dans le mĂȘme temps, je suis partie Ă  la campagne, j’ai habituĂ© Ă  Paris pendant 10 ans. Ce livre raconte la maniĂšre de se recentrer. Cela correspond Ă  ce que je suis en train de faire, en un sens : j’ai arrĂȘtĂ© le smartphone, l’exil Ă  la campagne
 Je me retrouve : je me sens super agressĂ©e par Paris, tu vois !

Cela rejoint ce que disait Marina Rollman sur la dĂ©connexion dans un podcast rĂ©cent
 pour se reconcentrer sur l’écriture notamment.

RĂ©cemment, tu as proposĂ© un spectacle autre que Monsieur Shirley, Mes 60 derniĂšres minutes en France. Etait-ce un spectacle un peu Ă©phĂ©mĂšre pour les Ă©lections, créé en quelques mois comme Haroun ou quelque chose de plus rĂ©flĂ©chi ? Ou juste un changement de titre pour l’occasion ?

C’était le but, mais je me suis rendue compte que je manquais de temps. J’ai commencĂ© par crĂ©er l’affiche, Ă©crire des choses sur le Front National, les Ă©lections
 et au final, je l’ai greffĂ© Ă  mon spectacle habituel, tout simplement. C’était une exceptionnelle de Monsieur Shirley !

L’affiche Ă©tait nouvelle en effet, donc c’était intriguant !

En fait, je suis en train de revoir toute l’identitĂ© visuelle, l’affiche du spectacle
 Avant, je faisais gĂ©nĂ©ralement mes affiches moi-mĂȘme car je faisais du graphisme. Je suis en train d’arrĂȘter tout ça pour me recentrer sur la scĂšne. On est parti sur un truc en noir et blanc, la typographie a dĂ©jĂ  changĂ© sur certaines publications : ce sera quelque chose de bien plus sobre.

Signe que tu es bien entourée


Oui, mais il faut dire que c’était un choix de ma part, pendant un moment, de ne plus ĂȘtre entourĂ©e. L’idĂ©e, c’était de comprendre le mĂ©tier d’une autre maniĂšre, le mĂ©tier de producteur aussi. J’ai en effet montĂ© ma production, produit Adrien Arnoux, je m’occupe aussi de Nordine Ganso. C’était intĂ©ressant pour moi d’ĂȘtre de l’autre cĂŽtĂ©. J’ai aussi lancĂ© un sketch show sur Afrostream, une sorte de Netflix afro, malheureusement fermĂ© aujourd’hui. Du coup, mon sketch show est maintenant sur ma chaĂźne YouTube. C’était trĂšs enrichissant de faire Ă  la fois de la production, de la rĂ©alisation, de l’acting et de l’écriture. En somme, j’ai fait 4 ans de laboratoire avec plein de mĂ©tiers ! Maintenant que j’ai fait tout ça, j’ai compris que mon vrai truc, c’est d’ĂȘtre humoriste. Il y a un cĂŽtĂ© oĂč je me lasse vite des choses, et je me dis alors qu’il faut que je fasse autre chose.

Shirley Souagnon interviewée ailleurs

Aura, célébrité et ego

Ce qui m’a frappĂ© chez toi, c’est que quand tu arrives sur une scĂšne ouverte, tu as une sorte de charisme que j’ai vu aussi chez Fary, genre on se dit « elle pĂšse dans le game, respect qu’une figure comme ça vienne jouer ce soir. » Est-ce qu’on te l’a dĂ©jĂ  fait remarquer, et es-tu d’accord avec ça ? Es-tu beaucoup sollicitĂ©e par d’autres humoristes en quĂȘte de conseil ?

C’est chiant, cette sorte de piĂ©destal, ouais ! AprĂšs, c’est quelque chose que je ne ressens pas forcĂ©ment parce qu’en plus j’ai fait On n’demande qu’à en rire (ONDAR), une Ă©mission oĂč on se fait juger en permanence, internet qui explosait avec les commentaires de haters, trolls et autres. Je pense que je reprĂ©sente plein de choses trĂšs dĂ©sagrĂ©ables pour de nombreuses personnes. Etre une femme, dans l’humour Ă  l’époque, l’argument, c’était « vous n’ĂȘtes pas marrantes de base ». Et puis, je dĂ©gageais une Ă©nergie particuliĂšre, de stress. Je ne peux pas vraiment regarder ce que j’ai fait Ă  l’époque, ça pouvait devenir fatiguant.

C’est peut-ĂȘtre difficile Ă  gĂ©rer, ces formats de tĂ©lĂ©vision oĂč l’on vous impose des thĂšmes, des maniĂšres de faire


Cela dĂ©pend pour qui. Je pense Ă  JĂ©rĂ©my Ferrari, Olivier de Benoist ou Kev Adams. Ils avaient compris « pourquoi » ils Ă©taient lĂ  : pour ĂȘtre vus par le plus grand nombre, partir de ça pour faire autre chose. Je ne voyais pas du tout l’intĂ©rĂȘt, en faisant du stand-up : comedy clubs, plateaux
 Des choses qui demandent du temps : ce n’est pas Ă  20 ou 25 ans que tu peux sortir des choses intĂ©ressantes en stand-up. Cela demande du temps, de l’expĂ©rience. Comme le vin : plus c’est vieux, plus c’est bon !

ONDAR, c’était une Ă©mission oĂč on profitait quand mĂȘme d’une grande libertĂ©. On pouvait Ă©crire des textes qui nous ressemblaient. Il fallait juste prendre en compte l’horaire de diffusion : 18 heures, avec un public familial
 Cela reste la tĂ©lĂ©vision et toutes ses normes. Pour certaines choses, je n’ai pas vraiment eu la main. On me disait : tiens, on a pris un théùtre pendant tant de temps, il faut y aller. LĂ , il y a une demande tĂ©lĂ©, il faut y aller.

C’était au mĂȘme moment oĂč Kyan me passait des vidĂ©os de stand-up et pour moi, le processus devait ĂȘtre tout autre : faire des scĂšnes ouvertes, des plateaux et jouer mon spectacle. C’est un luxe de pouvoir faire cela. Et sur scĂšne, les gens me voient autrement, me disent « c’est vraiment bien ce que tu fais, en fait », car ils me voient dans un autre format.

Concernant le charisme ou l’ego, je pense qu’un artiste doit attirer du monde, dĂ©gager une certaine image. J’essaie dans le mĂȘme temps de me dĂ©tacher de mon ego, par la mĂ©ditation, la lecture, la philosophie. Alors, Ă©videmment, que j’en ai forcĂ©ment sur scĂšne, comme dans la vie.

Et le 4e mur change-t-il quelque chose, met-il à mal l’ego ?

C’est plutît une histoire de symbiose avec le public, qu’on fasse un.

Avec toutes ces expériences, couplées à ta masterclass stand-up, es-tu sollicitée par les autres humoristes pour des conseils ?

La masterclass faisait partie de mes activitĂ©s prĂ©cĂ©dentes, mais cela va s’arrĂȘter : ça prend beaucoup d’énergie. C’est quand mĂȘme gĂ©nial, trĂšs enrichissant : en enseignant, on apprend encore plus Ă  Ă©crire mieux par exemple. Pour les conseils, c’est plutĂŽt moi qui en donne Ă  tout-va, parce que je suis passionnĂ©e de mon travail. Je vais aussi arrĂȘter de le faire, mais c’est vrai que quand je voyais un truc, j’avais envie de dire : « Tiens, tu aurais dĂ» faire ça, ou aborder ce sujet diffĂ©remment
 » j’ai tendance Ă  mettre en garde sur des trucs racistes, misogynes ou homophobes par exemple.

On ne peut pas rire de tout, alors ?…

Si, mais avec finesse. Tu sens tout de suite quand quelqu’un connaĂźt le sujet, et a contrario, quand quelqu’un balance un truc clichĂ© pour juste le balancer. Ou alors, c’est sa pensĂ©e premiĂšre, sa maniĂšre de voir les choses qui peut ĂȘtre touchy. Je considĂšre qu’en tant qu’artiste, on doit Ă©lever le dĂ©bat, sa propre mentalitĂ©. Pour moi, le stand-up, c’est la philosophie des temps modernes. Je m’applique ces conseils aussi, car parfois je me dis que je pourrais faire mieux !

Innovations

Tu as dĂ©veloppĂ© un super concept de billetterie participative pour ta tournĂ©e, innovant et Ă  contre-courant des discours sur le remplissage des salles. D’oĂč t’est venu l’idĂ©e ?

Oui, il fallait remplir Ă  50% pour activer la date. C’était pour le 2e spectacle, Free. C’était un mĂ©lange de stand-up et de musique, autour de la libertĂ© : j’étais avec un groupe de musique sur scĂšne. Comme c’était axĂ© sur la libertĂ©, j’ai trouvĂ© intĂ©ressant de proposer un systĂšme de billetterie libre, qui a durĂ© aprĂšs le spectacle.

Dans l’absolu, c’est rentable – dans les faits, c’est autre chose. C’est un travail de longue haleine de promotion, de communication, de dĂ©veloppement du site web et sa maintenance
 Le site est fermĂ©, il sera relancĂ© amĂ©liorĂ©, mais il s’agira d’une billetterie plus classique. Sur certains Ă©vĂ©nements, je proposerai une billetterie participative.

L’idĂ©e, c’était d’éviter de dĂ©penser beaucoup en affiches, d’optimiser la promotion
 J’ai pu m’appuyer sur mes Ă©tudes de communication, de design web et de sciences de l’ingĂ©nieur pour trouver l’idĂ©e et l’appliquer.

Parcours

J’ai lu que tu as fait du basket trĂšs longtemps, aux États Unis notamment. Est-ce que tu considĂšres le sport comme un exutoire, au mĂȘme titre que la scĂšne par exemple ?

Oui ! J’ai dĂ©couvert le basket Ă  5 ans. J’étais en maternelle et je trouvais ça gĂ©nial de mettre des paniers ! Encore une fois, je ne sais pas pourquoi. J’ai fait 10 ans de basket. Le sport, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, libĂšre beaucoup de colĂšres. Je suis quelqu’un qui, je pense, est trĂšs en colĂšre, ça permet d’évacuer. Dans le basket de rue, que j’ai beaucoup pratiquĂ©, il y avait ce cĂŽtĂ© « spectacle » trĂšs sympa : te montrer, faire des moves. Il y a Ă  la fois la part collective et la part individuelle oĂč tu peux ĂȘtre face-Ă -face, un contre un. J’ai repris le basket il y a peu, et je me suis aussi mise Ă  la batterie. Il y a ce cĂŽtĂ© rebond du basket que je retrouve ; un truc avec le corps, avec la vibration.

Et le rebond de la vanne ! Tout est lié.

Carrément !

Une question plus difficile, maintenant : quelle est ta plus grande fierté ?

TrĂšs dur, en effet ! C’est de me rendre compte, aprĂšs 10 ans de basket et 10 ans de scĂšne que je m’écoute. Dans ce monde, je me rends compte que c’est un luxe. Cela ne fait pas de moi la personne la plus riche matĂ©riellement, mais j’ai l’impression que les pauvres sont les plus riches.

On se pose moins de questions, quand on s’écoute ?

Non, tu doutes beaucoup ! Tu es toujours en dualitĂ© avec le monde dans lequel tu vis. Et j’ai parfois l’impression d’ĂȘtre la seule Ă  prendre des dĂ©cisions un peu incroyables, alors qu’en fait
 Par exemple, on m’a proposĂ© des contrats de tĂ©lĂ© incroyables que j’ai refusĂ©s.

Quand on prend ces dĂ©cisions, on se demande si on n’est pas folle de refuser ! Mais en fait, non : je suis en accord avec moi-mĂȘme. J’ai arrĂȘtĂ© de fumer, d’ailleurs : je me suis rendue compte que je fumais beaucoup, du matin au soir, parce que j’étais trĂšs malheureuse, pas sĂ»re de mes choix. Quand je suis plus sĂ»re, je suis davantage « en place ». Plus tu t’écoutes, moins tu as besoin de choses extĂ©rieures pour aller bien.

Tu es trĂšs impliquĂ©e dans le milieu associatif, c’est important pour toi de prendre le temps de soutenir des causes ?

J’ai beaucoup Ă©tĂ© impliquĂ©e dans des ONG, et on est aussi venu me voir avec des activitĂ©s qui me semblaient pertinentes. Je reste ouverte aux propostions. LĂ  oĂč cela peut paraĂźtre un luxe d’avoir le temps de s’occuper des autres, c’est pour moi un automatisme, un rĂ©flexe que j’aurais aussi eu si je n’étais pas connue. DĂšs que je sens que cela ne me correspond plus, que j’ai l’impression que les gens amassent plus d’argent qu’ils n’en donnent, alors j’arrĂȘte. J’expĂ©rimente, je dĂ©couvre
 En m’impliquant, j’évite d’ĂȘtre malheureuse et de faire du tort autour de moi : autant je peux faire beaucoup de bien, je peux faire beaucoup de mal aussi. Il vaut mieux que je sois en phase !

L’avenir de Shirley, l’avenir du stand-up

D’autres projets en cours ?

Je dois en avoir 15000 en cours, je ne peux pas tout faire en mĂȘme temps donc j’essaie de les faire bien.

Afrocast : promotion d’artistes

Afrocast, c’est un projet en dĂ©veloppement. L’idĂ©e, c’est de rĂ©pondre Ă  la polĂ©mique sur la reprĂ©sentation des acteurs et actrices noirs dans le paysage mĂ©diatique français. Dans ma carriĂšre en humour, je ne m’étais pas posĂ©e la question car ça allait, j’étais surtout dans la recherche d’ĂȘtre drĂŽle. Puis je suis allĂ©e en CĂŽte d’Ivoire, j’ai vu des pubs avec des noirs. Actuellement, ici, ça commence vraiment Ă  arriver et c’est positif, tant mieux.

En France, j’ai eu l’impression d’un vide, d’un manque de reprĂ©sentation. Les polĂ©miques Ă©taient de plus en plus prĂ©sentes : les Oscars, les CĂ©sars. J’ai essayĂ© de rĂ©flĂ©chir Ă  la question. Par exemple, je me suis rendue compte que dans la communautĂ© noire, on n’était pas capable de citer 4 acteurs noirs. Je me suis dit : « Avant de demander quoi que ce soit, essayons de crĂ©er notre propre culture. » Le communautarisme, quel qu’il soit, c’est la base de toute Ă©lĂ©vation. Si tu n’as pas d’équipe, de famille pour aller de l’avant, tu ne vas nulle part. Afrocast rĂ©unit acteurs, rĂ©alisateurs, auteurs et scĂ©naristes pour lutter contre les prĂ©jugĂ©s.

L’idĂ©e serait de crĂ©er une agence de casting Ă  partir de ça, pour proposer une rĂ©fĂ©rence aux producteurs, diffuseurs, directeurs de casting. Pour mettre en avant les gens, pas seulement noirs, mais des minoritĂ©s
 bref tous ceux qui galĂšrent Ă  se montrer. J’ai des petits frĂšres, je trouve ça important qu’ils s’identifient Ă  toute une panoplie de gens, pas forcĂ©ment des rappeurs.

Un documentaire sur le stand-up

Je termine un documentaire sur le stand-up, rĂ©alisĂ© 100% Ă  l’iPhone : je l’ai fait pendant un an, pendant ma tournĂ©e avec Adrien, d’autres dates Ă  MontrĂ©al, etc. On Ă©tait vraiment dans les coulisses, avec les gens
 Cela parle vraiment du stand-up français. J’ai constatĂ©, au fil du documentaire, qu’il y avait une grande diffĂ©rence entre le stand-up en France et aux Etats-Unis. DĂ©jĂ  historiquement : on arrive 60 ans aprĂšs les premiers stand-ups amĂ©ricains. La culture, la maniĂšre de penser sont diffĂ©rentes qu’aux Etats-Unis.

C’est hyper intĂ©ressant de voir que les AmĂ©ricains sont hyper intĂ©ressĂ©s, de plus en plus mĂȘme, par la France et Paris. Cela devient de plus en plus universaliste, c’est la mondialisation qui veut ça aussi. Tu remarqueras que le stand-up a commencĂ© Ă  se dĂ©velopper quand Nicolas Sarkozy a montĂ© son ministĂšre liĂ© Ă  l’intĂ©gration, l’idĂ©e d’identitĂ© nationale.

C’est Ă  ce moment-lĂ  qu’est arrivĂ© le Jamel Comedy Club. C’est une rĂ©ponse politique incroyable, de se dire qu’on Ă©volue tous dans le mĂȘme monde, qu’on a tous des trucs Ă  dire. Que tu sois gros, petit, arabe, noir, blanc, barbu ou pas, pas de jambes, etc., tu peux venir dire un truc dans la mĂȘme langue et on peut se comprendre. A partir du moment oĂč la personne te raconte sa vie avec son propre prisme, tu peux qu’ĂȘtre rĂ©ceptif et rire d’autant plus.

En France, on n’a pas ce qu’il se passait aux Etats-Unis : les noirs jouaient pour les noirs, etc. Tout cela parce que cette histoire de ministĂšre n’a jamais marchĂ©. Sur le stand-up, on est tous rĂ©unis. Juste avant, il y avait le slam qui avait cartonnĂ© Ă  Paris. C’est la mĂȘme chose, sans les vannes (mais pas toujours !) : une maniĂšre de s’exprimer au micro.

Il faut que le stand-up sorte de Paris : le jour oĂč il y aura des comedy clubs un peu partout en France, oĂč il sera possible de jouer tous les soirs dans les villes de province. Dans 10-15 ans, j’ose espĂ©rer qu’on atteindra ce but. Qu’il y ait vraiment des comedy clubs, pas seulement des bars qui s’amĂ©nagent pour ça : des lieux comme l’Art CafĂ© Ă  Bastille, par exemple.

La rĂ©ception du stand-up et de l’absurde : un public dubitatif ?

[Au fil de la discussion, on arrive Ă  Ă©voquer Yacine Belhousse. J’explique Ă  Shirley que j’entends du bien de lui de la part de nombreux humoristes, qui estiment que c’est le meilleur. Sauf que personne, soit dans la presse ou dans le public, semble le remarquer
 Voyons voir d’oĂč vient cette « hype » !]

Pour la petite histoire, si je suis rentrĂ©e au Jamel Comedy Club, c’est grĂące Ă  Yacine. Je l’ai croisĂ© au Paname Art CafĂ© Ă  l’époque, il me dit qu’il aime bien ce que je fais, qu’il faut que je rentre au Comedy Club. Il me prĂ©sente au programmateur, Jean-Michel [Joyeau], et c’était fait.

Pour moi, il y a une vraie injustice sur la faible notoriĂ©tĂ© de Yacine : il a son public, mais c’est trop restreint par rapport Ă  ce qu’il propose. C’est parce que les gens ne sont pas prĂȘts.

En plus, c’est un hyper bon comĂ©dien. Le jour oĂč Yacine sera trĂšs connu, c’est le jour oĂč les gens auront compris ce qu’est le stand-up. La nouvelle gĂ©nĂ©ration va pousser en cette faveur-lĂ , des mecs comme Louis Dubourg. La nouvelle gĂ©nĂ©ration est assez hallucinante : leur diffĂ©rence, c’est qu’ils sont tout de suite arrivĂ©s en sachant ce qu’ils faisaient. Yacine savait aussi ce qu’il faisait.

Dans le documentaire, il m’a racontĂ© qu’il a commencĂ© au Moloko, dans le 9e arrondissement. Il faisait alors du stand-up dans ce bar, et les gens ne comprenaient pas du tout la forme de ce genre, avec des mecs comme Thomas Ngijol. Les gens se demandaient : « Que font-ils Ă  nous parler, c’est quoi, ça ? ». A cette Ă©poque, il s’est dit : « J’abandonne » et il n’a pas jouĂ© pendant 4 ans. Il avait vu Jerry Seinfeld.

Dans son humour, il y a des trucs hyper absurdes comme Eddie Izzard. Un bon absurde, qui part du concret. L’absurde, c’est typiquement un truc que j’aurais adorĂ© faire, mais ce n’est pas mon domaine. J’adore ça, mais je sens que ce n’est pas fait pour moi. J’en fais, mais par touches. Je n’assume pas : il y a un truc qui bloque.

Il faut plonger Ă  fond dans l’absurde, se lĂącher au maximum


Il y a un grand enfant qui doit sortir de toi, et a priori, ce n’est pas mon chemin. Comme quoi, on finit toujours par suivre le chemin qui nous est destinĂ©.

Crédit photo

© Christine Coquilleau

Documentaire : le stand-up français

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