Radio Mêlée et Castagne #1 : les tyrans des plateaux

Juliette 14/04/2019

Le spot du rire vous propose un nouveau format : la parodie de la célèbre émission les Grandes Gueules RMC. Pour ce premier numéro des Grandes Gueules du Rire sur Radio Mêlée et Castagne, on évoque les méthodes des programmateurs de plateau qui franchissent des lignes jaunes. Bonne lecture, j’espère que vous aurez le même plaisir à lire ce premier épisode que moi à l’écrire !

Radio Mêlée et Castagne : les présentations !

Olive la Truche

« Bonjour, je suis Olive la Truche et vous écoutez les Grandes Gueules du Rire sur Radio Mêlée et Castagne. Autour de la table, nos GG du rire sont aussi chaud patate que Norbert. On a d’abord un avocat qui n’est pas commis d’office mais qui finit souvent vert, Maître George W. Goldenboy. »

George W. Goldenboy

« Bonjour à tous les punchliners de Paname et d’ailleurs ! »

Olive la Truche

« A côté de vous mon cher George W., voici la touche d’élégance du plateau, la divine parlementaire Corinne Ponce-Pilate ! »

Corinne Ponce-Pilate

« Bien le bonjour… »

George W. Goldenboy

« Tu commences fort avec cette intro, t’as pas suivi #MeToo Olive ? »

Olive la Truche

« Tu es déjà en grande forme, ça tombe bien on a de gros sujets à aborder aujourd’hui ! Et puis tu sais, j’ai le droit de dire ça, je suis non-binaire. » [Clin d’œil à la caméra.]

George W. Goldenboy

« Bah figure toi que moi, je suis au taquet ! » [Clin d’œil à la caméra, montre son biceps, on n’a pas compris.]

Olive la Truche

« Une autre qui est au taquet, c’est notre trublionne préférée, la styliste Jackie Bikini ! »

Jackie Bikini

« Même si ce mot n’existe pas au féminin, salut les cocos quand même ! »

Éric la Soupe

« T’aurais dû l’appeler Bernard Pivot, Olive ! »

Olive la Truche

« Et voilà, vous venez d’entendre notre dernier invité, chef étoilé pour le troisième âge. Il n’est jamais rassasié, c’est Éric la Soupe ! »

Éric la Soupe

« Merci, bonjour, je suis aussi chauve. »

Sommaire

Olive la Truche

« Aujourd’hui dans les GG du rire, un sujet à la une : les organisateurs de plateau sont-ils tyranniques ? Cela faisait longtemps que vous le réclamiez, il faut dire ! C’est vrai que ces gens ont une véritable responsabilité pour s’assurer que le public passe un bon moment. Mais souvent, qu’il s’agisse d’humoristes ou de membres de la communauté du spectacle vivant, on constate des choses parfois étonnantes. Qui veut commencer ? »

Éric la Soupe

« Tu as raison, Olive, c’est un sujet central, je dirais même essentiel ! J’en ai perdu mes cheveux, c’est dire… »

Jackie Bikini

« Ah ouais, on aurait cru que c’était les running gag, ton délire ? »

[Le gong sur le ring là où il y a les boxeurs retentit. Ça signifie qu’il y a eu une attaque personnelle, et tout le monde se calme (à peu près).]

Éric la Soupe

« J’peux y aller ? Bon, le problème qu’on a, c’est que plein de gens montent des plateaux partout, et après, il y en a qui se mettent à tyranniser leurs camarades, tu vois. Je pense que le mot « tyran » est loin d’être exagéré… »

George W. Goldenboy

« Oh, ça va, ce n’est pas de Staline dont on parle, là… »

Corinne Ponce-Pilate

« Ouais, enfin, c’est quand même beaucoup des cocos dans le monde de l’humour, hein. »

George W. Goldenboy

« Oui, enfin si on t’écoute, t’as bossé avec Zemmour quand même. Tu t’appelles Corinne en plus, franchement… »

[Gong. Il va falloir vous y habituer.]

Plusieurs écoles du rire

Jackie Bikini

« Pour répondre à Éric, comme les plateaux d’humour sont très concurrentiels, c’est vrai qu’il y a des types qui ne sont pas vraiment drôles. Ils ont plusieurs choix : soit ils travaillent dur, en étant conscients de leur niveau. Soit ils cherchent des raccourcis, c’est aussi une réaction humaine. Ça peut être traîner avec des groupes qui les font jouer dans des endroits, et ils vont aussi pouvoir gérer des plateaux eux-mêmes. »

George W. Goldenboy

« Oui, enfin je t’arrête tout de suite… C’est du sale boulot, la programmation. Tu te fais harceler par tous les apprentis humoristes… »

Éric la Soupe

« Ouais, mais tu l’as voulu, ce job. Il te donne une influence, et parfois, il y en a qui abusent. Désolé d’être dans la polémique, mais quand même, c’est vrai ! Nom d’un navet. »

Échanges de bons procédés

Olive la Truche

« Est-ce qu’on peut être un peu plus précis. Ça t’évoque quels abus ? »

Éric la Soupe

« Le gars peut faire miroiter des gens en échange de services. Déjà qu’il joue à des endroits où il n’est pas légitime et où il ne fait rire que lui-même… »

Jackie Bikini

« On en revient à la question du mérite, mais à ce moment-là, tu auras du mal à éradiquer les opportunistes. »

George W. Goldenboy

« D’ailleurs, il en pense quoi, le public ? Il doit se farcir le mec rigolo-qui-ne-l’est-pas, parfois à chaque fois… Tu te rends compte de la torture ? Ensuite, il saigne des oreilles et il ne revient plus, ou alors il se dit que le chapeau, ce sera pour une autre fois. »

Jackie Bikini

« Le public ne paie pas à l’entrée, il s’attend à ce que ce ne soit pas du Louis C. K. »

Corinne Ponce-Pilate

« T’as pas fini avec ta fascination pour le stand-up américain ? Ça commence à me gonfler sévère, on a notre terroir comique, bordel. »

Éric la Soupe

« Merci, enfin quelqu’un de rationnel ici ! »

Ego et amour-propre : les opportunistes se trompent de combat

Corinne Ponce-Pilate

« Il y a un autre aspect important à mon sens, qu’on n’a pas encore évoqué. C’est la question de l’image que tu as de toi. Tu peux faire l’opportuniste tous les soirs si tu veux, est-ce que tu es satisfait au bout du compte ? C’est quoi, ton but, quand tu tyrannises comme ça ? »

Jackie Bikini

« Pour moi, il n’y a pas de fumée sans feu. Je pense que ces gars-là, ils ont été pris pour des jambons un jour, et ils construisent leur revanche. Il y a beaucoup de souffrance derrière, pas forcément adressée. De fait, les gens ne se soucient pas d’eux, et ça n’arrange rien. Ils compensent cette frustration en mettant des bâtons dans les roues des nouveaux venus. En plus, ils ont les boules parce qu’ils voient que les petits nouveaux, ils sont préparés comme des cadors, déjà. Ils arrivent avec une sacrée force de frappe, ils ont tout compris. »

Éric la Soupe

« Vous savez, je suis un amoureux du beau geste, de la grâce sur scène… Et justement, je pense que ça se traduira plus tard. Déjà, les médias ne vont pas parler de ces programmateurs-là, en tout cas de ceux qui ne sont pas connus. Si des chaînes comme Canal+ ou des radios comme France Inter ne les mettent pas à l’antenne, personne ne les connaîtra vraiment. Alors que les mecs qu’ils essaient de freiner, en ne les faisant pas jouer, ils vont trouver un autre chemin. Le talent sait se tracer une voie, même bancale, dans une forêt sombre. »

Belle image sur papier glacé

Corinne Ponce-Pilate

« Oh, toi et tes images romantico-chelous à la Twilight, tu ne changeras donc jamais ! Bon, revenons à nos moutons. Quand tu forces ta présence sur scène, et que tu n’es pas authentique, rêve pas. Sans changement d’attitude ou de lobbying sauvage, tu n’auras jamais de bonne presse, avec des couvertures alléchantes et des portraits introspectifs à la Marina Rollman ! Personne n’aura envie de te mettre en valeur dans une galerie photo ultra-chiadée. »

Olive la Truche

« Alors bon, ce ne serait pas le nombre de likes et de selfies vidéo en fin de plateau qui compterait ? Cela voudrait donc dire que la célébrité n’est pas le Graal ? »

Talents bruts éphémères

Éric la Soupe

« Il y a des humoristes de passage, qui ont juste pour but de provoquer le rire. Une fois qu’ils ont atteint cet objectif, il n’y a plus rien à conquérir. Et si vous n’avez plus le feu sacré, si vous avez réussi ça, à quoi bon poursuivre ? Moi, pour regarder du stand-up en quantité astronomique, je peux vous dire qu’il n’y a rien de plus pur que ça. Ce mec ou cette nana qui vient se livrer sans filtre, ça parle à quelqu’un, ensuite ça fait ricochet, les gens sont plus heureux. Les gens devraient faire ce métier pour ça. »

Jackie Bikini

« Après, je ne pense pas que tu puisses te passer de l’envie de célébrité. Moi, je le sais, j’adore plaire. Les humoristes sont faits de ce bois. Ils ont quelque chose à dire, ils ont donc envie d’être entendus et aimés pour ça. Ils ont envie de faire le plateau télé de Mouloud Achour… »

Corinne Ponce-Pilate

« Même ceux qui ne sont pas de gauche, d’ailleurs ! »

Jackie Bikini

« Ah non ma grande ! Je peux t’assurer qu’il y en a qui boycotteraient, ça a beau être en clair, ce n’est pas la panacée. J’en ai entendu, des humoristes, rire de l’émission Clique Dimanche et la caricaturer, alors bon ! »

(En vrai, on aime beaucoup Clique Dimanche !)

Radio Mêlée et Castagne : on récapitule !

Olive la Truche

« On s’éloigne du sujet, mes chers GG du rire. Si je résume, il arrive que les organisateurs de plateaux n’aient pas les meilleures intentions du monde dans leur programmation. Face à l’afflux de demandes, ils sont alors tentés d’en profiter, de demander des petits services en échange d’une place… Qu’ils n’attribuent pas toujours, d’ailleurs ! »

Un épiphénomène

Corinne Ponce-Pilate

« En plus, comme l’humour est subjectif, vous allez avoir des gens qui ne joueront jamais dans certains endroits. Un peu comme une émission médiatique qui a une ligne éditoriale très forte, Clique Dimanche en est l’exemple parfait, d’ailleurs. Et au final, ces programmateurs resteront dans une forme de frustration parce qu’au fond, ils savent que les rires ne sont pas pour eux. Même si cette petite mafia artisanale essaie de faire un cartel avec 5% de la scène humoristique, ça n’empêchera jamais personne de percer. »

Balayer devant sa porte

George W. Goldenboy

« Le seul vrai obstacle, c’est soi-même. Quand tu n’as plus l’envie, que tu te fais bouffer par l’ambiance des plateaux… Je pense à ceux qui n’osent plus faire de personnages ou de jeux de mots. Il y a une véritable dictature du stand-up. Les gens ne disent plus « vous avez remarqué » mais ils tiennent tous le pied de micro pareil, ils ont un rythme identique, des copier-coller que je ne supporte plus, pour ma part. Il faut résister, faire des événements bienveillants. Je ne parle pas de choses militantes, assénées d’écriture inclusive alors qu’ils ne sont même pas foutus d’utiliser le point médian… Mais je vais perdre les auditeurs, c’est trop technique ! Il faut donc essayer de sortir des modes, de l’uniformité, aller chercher la diversité des talents. Non pas dans une discrimination positive, rendue plus difficile par l’afflux de babtous fragiles… »

Corinne Ponce-Pilate

« Je les aime bien, eux ! »

Hacker le système

Jackie Bikini

« Moi aussi, c’est mon côté MILF ! Blague à part, c’est encore les médias et les productions qui ont un gros travail à fournir. Détecter les talents, ça passe aussi par des profils et des sensibilités différentes dans ces milieux. Sinon, ne rêvez pas, ça ne changera jamais ! On retrouvera toujours les mêmes styles, et les journaux suivront les effets de mode. »

Corinne Ponce-Pilate

« Il faut dire que tout ce beau monde se retrouve dans les festivals, les jurys, etc. Ça ne favorise pas le renouvellement, même si les petits théâtres font un gros boulot de détection. »

George W. Goldenboy

« C’est un peu facile de dire ça. Le boulot des pros du spectacle, ce n’est pas évident. Il y en a plein qui parlent, nous les premiers, et qui ne pourrions pas le faire. Alors oui, ils sont parfois aveuglés ou guidés par les mêmes tendances. Mais ce n’est pas de leur faute si une minorité de tyrans – ce sont eux dont il est question – font la pluie et le beau temps. »

Une solution pour Radio Mêlée et Castagne ?

Olive la Truche

« À défaut de faire pleurer de rire ! Bon, comment on résout le problème, alors ? Un dernier mot, chacun ! »

Réguler ?

Corinne Ponce-Pilate

« Utiliser un compteur de bides. Si un mec a bidé 5 fois ou plus dans le mois, il a moins de dates. Comme ça, les humoristes ne créeront plus des plateaux pétés pour toucher du doigt la perspective d’un 5 minutes devant un public froid. »

Responsabiliser le public

George W. Goldenboy

« Et pourquoi pas une police du rire, tant qu’on y est ? Non, il faut quand même garder une part de liberté, même s’il y a des effets pervers. Globalement, si le public est bien renseigné, il sait où aller s’il doit se détourner d’un lieu. »

Aborder le sujet des quotas sans tabou

Jackie Bikini

« Il faut qu’on soit au clair sur les quotas d’humoristes, aussi. On veut inclure tout le monde, c’est bien, mais il ne faut pas oublier le facteur n°1 de sélection, le talent ! Oui pour créer des initiatives marginales si certains ont besoin de ça pour démarrer… Mais n’importe quel humoriste doit aller au-delà après un certain temps, se frotter aux mêmes scènes que les autres. »

Fuir la consanguinité ou l’entre-soi

Éric la Soupe

« Il faudrait aussi comparer les variations de styles entre les plateaux. Si vous voyez toujours un peu les mêmes, attention. Il y a des scènes très respectables qui invitent souvent les mêmes personnes, comme Dimanche Marrant. J’adore, attention, mais je ne compte plus les fois où j’y ai vu Wary Nichen ou Paul Dechvanne. Après, je ne veux vraiment pas les accabler, ils ont fait monter des gens et ils sont plus justes que bien d’autres. C’est trop facile de taper sur le plus connu. Si l’on traitait les nouvelles scènes avec le même niveau d’exigence, les organisateurs mettraient la clé sous la porte. Ils n’acceptent pas la critique. En France, on critique bien plus qu’on agit, donc… »

Olive la Truche

« On va s’arrêter là sur Radio Mêlée et Castagne avant que vous vous fassiez trop d’ennemis, mon cher Éric ! »

Éric la Soupe

« C’est le jeu, sinon on ne pourrait plus rien dire. Les gens se demandent souvent s’il est encore possible de rire de tout. Mais le vrai débat qui nous tient à cœur sur Radio Mêlée et Castagne, c’est surtout de savoir si chacun peut parler de tout !

Radio Mêlée et Castagne : donnez votre avis !

Olive la Truche

« Merci pour cette nouvelle idée pour Radio Mêlée et Castagne, on la garde bien précieusement ! Avant de se quitter, chers auditeurs, lecteurs ou téléspectateurs, exprimez-vous ! La question, je vous le rappelle : les organisateurs de plateau sont-ils tyranniques ? Oui ? Non ? Vous êtes un poney et vous n’avez pas d’opinion sur le sujet ? Dites-le nous en commentaire ! On se retrouve très vite sur Radio Mêlée et Castagne, dans les Grandes Gueules du Rire, pour de nouvelles joutes verbales. Comme dirait Blaise Bersinger, bison ! »

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